Est-ce que nous jouons suffisamment?

Est-ce que nous jouons suffisamment pour mettre en place des réseaux de savoir durables?

La question est d’actualité surtout lorsque l’on constate qu’une forte majorité des communautés de pratiques, qui vivent une transformation en réseaux de savoir sont en perte de vitesse et deviennent trop rapidement désuets et de ce fait des sites statiques voire inutiles à la limite.

Crédits d’image: Jouer avec les verbes

Deux facteurs seraient la cause probable de ce désengagement. Le premier est essentiellement causé par la déconnexion profonde des concepteurs de ces communautés ou réseaux de savoir d’avec la base. La base essentielle qui représente les personnes et leurs besoins de participer et contribuer à ce type d’activités. Le second facteur, plus subtil, est d’ordre pédagogique.

Lors de mes nombreux contacts et rencontres avec les organisateurs de ces réseaux et communautés, j’ai pu constater qu’il existait de prime abord une certaine confusion quant au rôle et la raison d’être entre l’aspect communautaire (Social) et le concept de système de gestion de contenu.

Oui il est vrai que la ligne de démarcation (vue par des non-initiés) est mince, mais il n’en reste pas moins que cette ligne existe. Les concepteurs de systèmes de gestion de contenu ont souvent porté le chapeau de concepteur de réseaux de savoir (ils continuent de le faire) apportant dans leur sillage des concepts de l’un vers les fondations de l’autre. Ceci apporte inévitablement les causes probables du désengagement des utilisateurs du premier vers les utilisateurs de l’autre. Ces personnes qui, dès la première visite du nouveau réseau, ont ce sentiment de déjà-vu, provoquant ainsi le désintéressement qui déclenche le déclin d’un réseau de savoir que ce soit dans le monde de l’éducation, de la recherche ou en entreprises.

L’on attribue, l’échec aux personnes oubliant souvent que cela ne prend qu’un détail, ou une fonctionnalité technologique pour créer tout un inconfort, parce que cela « est compliqué » parce que « je ne trouve rien du premier coup » parce que « c’est trop plein d’informations » parce que « Je ne sais pas qui se trouve sur ce réseau », etc. Ce sont des commentaires observés un peu partout dans ces environnements. Et si  l’on trouve de rares réseaux ou plateformes sortant de l’ordinaire, l’effet d’engagement est de courte durée. Pourquoi? Parce qu’une fois que la personne a compris comment cela fonctionnait, ne revient plus pour de futures visites et recherches (l’effet de durabilité décroissant rapidement, les personnes ne « sentent » pas qu’il y a quelque chose qui vaille leur temps à visiter des pages qui n’ont plus été mises à jour depuis des semaines ou des mois)

Pourquoi tout ceci?
Je pense que nous oublions souvent de penser autrement que concepteurs et organisateurs de ce type de plateformes. Nous pensons trop en silo, nous oublions de nous poser la question suivante « qu’est-ce qui me plairait de voir ou de faire une fois sur le site? », ou aussi « pourquoi Est-ce que je passerai une heure ou plus sur ce site? », et d’autres interrogations qui tiendraient comptes de ce que la personne voudrait pouvoir faire!

Un exemple concret que je partage avec vous.

Étant quelqu’un qui aime suffisamment les technologies pour savoir m’en départir, je sais c’est une contradiction, j’ai toujours aimé me mettre au courant de la fine pointe de la domotique et de ses applications. Donc étant dans cette attitude, j’ai volontairement participé à un sondage de la STM (Société des Transports de Montréal) à savoir si je souhaitais participer au projet pilote de pouvoir remplis ma passe mensuelle de bus et de métro à partir de mon ordinateur personnel, de chez moi, au moyen d’un lecteur optique qui une fois connecté à mon ordinateur personnel me permettrait de remplir ma passe chaque mois. Pensez-vous que je laisserai passer une telle occasion. Une occasion pour ne pas faire la file les fins de mois devant les guichets…

Entre le sondage et la réception du lecteur tant attendu, se sont passés plusieurs mois. En plusieurs mois les systèmes informatiques et les systèmes d’exploitation font des mises à niveau, il se peut que la personne ait eu besoin de changer d’ordinateur, etc.

Donc tout heureux et tout excité de pouvoir enfin remplir ma passe d’autobus de chez moi, je déballe le colis, lis les instructions et tombes des nues lorsque je lis que les versions informatiques supportées sont celles de deux générations antérieures à celles en vigueur aujourd’hui. Une des versions du système d’exploitation n’étant même plus supportée par le manufacturier, ceci dit en passant.

 J’ai voulu rester confiant et positif que la STM avait prévu cette situation, je me suis connecté sur le site de la ligne de support, pour simplement lire les mêmes textes qui se trouvaient sur le document accompagnant le lecteur que j’avais reçu! Ce que j’ai fait, finalement, je suis parti me mettre en file d’attente pour renouveler ma passe comme chaque mois!

Si je cite cet exemple, c’est simplement pour souligner combien est énorme ce fossé entre une équipe de conception, et son audience. Il en va de même pour nos réseaux de savoir…

Alors quoi faire? me diriez-vous. Je crois que ma réponse vous étonnera de prime abord, mais en y pensant un peu plus vous y verrez qu’au fond nous ne sommes tellement en désaccord.
Quoi faire? Si nous avons le mandat de ce type d’activité, je dirai que nous ne jouons pas suffisamment. Jouer? oui jouer, en ligne, des jeux triviaux, ou des jeux dits pour jeunes, des jeux passe-temps, des jeux quoi!

 Pourquoi pensez-vous que les jeux en ligne génèrent des revenus qui se chiffrent en centaines de millions de dollars? Simplement parce que derrière tous ces écrans de petits lutins qui courent après les fruits de couleurs qui tentent de fuir, et que sur mon téléphone intelligent je fais de tout pour passer de niveau oubliant ainsi le trajet en métro, derrière cela il y a une équipe multidisciplinaire qui sait comment engager le cerveau humain à s’amuser en apparence, mais apprendre aussi de manière encore plus subtile. La formule: motivation, engagement et durabilité est derrière les jeux qui ont du succès.
Si vous pensez que ce ne sont que des jeunes qui y jouent, force sera de vous dire que cela n’est pas si exact. Tout le monde ou presque joue. Je les vois dans le bus, en métro, des hommes des femmes, 20 an, 30 ans, 40 ans voire même plus,  hier en rentrant une dame tête grisonnante essayait de « sauver les petits chiens du vilain » il fallait voir l’expression de son visage lorsqu’elle a pu les sauver in extremis, un sentiment de satisfaction se traduisait dans son sourire…

Le monde aime jouer et plus il joue plus il s’attend de voir ces éléments de jeu dans leur quotidien. Je me rappelle toujours des livres où le lecteur est le héro, tous les scénarios possibles et imaginables, oui le jeu existait dans la lecture et l’apprentissage du vocabulaire à travers des histoires sérieuses, des intrigues…

Nous sommes un peu trop sérieux sur nos réseaux de savoir, assez sérieux pour désintéresser les personnes. Oui mais, Michel, ce n’est pas sérieux ce que tu dis! Comment vois-tu des médecins, des chercheurs, des ingénieurs, des gens de finances, aller sur des réseaux de savoir pour y jouer?
Je vous dirai que primo vous ne posez pas la bonne question et secundo vous ne pensez pas comme un utilisateur et finalement faire « jouer » les personnes ne veut pas dire tirer sur des vilains et sauver des innocents!

Un centre de recherche en biogénétique a intégré sur son réseau de savoir une série de défi aux nouveaux membres pour leur permettre de choisir un parcours d’accès aux experts, aux connaissances des équipes d’autres disciplines, etc. Résultat? 10 fois plus de demandes d’adhésions, et pourtant c’est un site pour de la recherche des plus pointues et des plus sérieuses, une autre communauté de génie civil a mis à la disposition de ses nouveaux membres un parcours les motivant de trouver des experts dans leur discipline en vue de résoudre des cas-problèmes en construction ou en design qu’ils ne pourraient résoudre tous seuls.

Les exemples sont nombreux et cela n’est pas du jeu comme le penserait la majorité des sceptiques. Nous, les humains, aimons jouer depuis l’histoire des temsp, nous apprenons par le jeu beaucoup plus facilement que par d’autres manières et techniques d’apprentissages, en fait l’une nous apprend et nous permet de nous approprier la connaissance et en profiter pour notre bonheur personnel et social, l’autre nous fait apprendre par cœur, nul besoin de dire ce qui s’en suit!

Si vous êtes concepteurs de toutes sortes d’activités du savoir, sociales, etc. je pense qu’il serait grand temps de jouer un peu plus et si vous voulez mieux savoir comment faire, alors invitez dans vos réflexions et jeux, les personnes qui seraient les utilisateurs de vos produits, y compris vos réseaux de savoir…

Bon jeu, et bonne fin de semaine

Michel – 8 mars, 2014

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Auteur : Michel J. Boustani

Auteur 25 ans d'expérience dans le domaine de la communication et de l'enseignement. Conception pédagogique - Gestion stratégique du savoir - Facilitateur d'atelier en pensée design et grand amateur de mises en récit et blogues. _____ Author - Web author 25 Years in the field of Communication. Specialist in Instructional Design - Strategic Design Thinking and Knowledge Management Implementation. Actively involved in Storytelling and Social Networks

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