Survivre aux experts et à leur tyrannie!


 

00 les experts

Photo: courtoisie de
Forbes (what is your credibility score)


L’incompétent se présente toujours comme expert,
le cruel comme pitoyable,
le pécheur comme dévot,
l’usurier comme bienfaiteur,
l’arrogant comme humble,
le vulgaire comme distingué et
l’abruti comme intellectuel.
(Le jeu de l’Ange – Carlos Ruiz Zafon)


Ils sont partout, ils sont nombreux, ils nous envahissent de leurs idées, des idées sous formes de consignes de choses uniques de quoi faire ou ne pas faire mais aussi ils nous disent qui et comment penser!

Les vrais experts quant à eux existent mais je vous ne cache pas qu’ils seront difficiles à trouver. Leur nom ne porte aucune mention « d’expert » comme les autres… Si vous en rencontrez un, c’est votre jour de chance, ne ratez pas cette occasion!

Mon but n’est pas de les juger, mais de partager avec vous certains trucs qui m’ont permis de survivre à leurs gestes et mots qui souvent intoxiquent notre pensée.

Ce sont deux épisodes de ma vie professionnelle que je partage avec vous, pour éviter toute associations que certains lecteurs pourraient faire je me suis permis de modifier le contexte et certaines dates tout le reste est authentique et vrai.

Mise en situation :

C’est dans le cadre de développement d’un programme de formation de niveau collégial pour lequel j’avais été engagé pour donner la plupart des cours et en construire le contenu de deux des 7 cours que je devais donner durant une session complète.

Je devais participer aux rencontres de planification et de définition des stratégies de formation, bien entendu du contenu et de l’envergue de ces formations. À la table se trouvait un panel d’experts de toutes sortes de disciplines, des spécialistes de contenus, des enseignants seniors, des administrateurs, etc. J’étais le nouveau venu dans cette équipe et j’avoue celui dont la signature sur mea carte d’affaires (carte de visite) mentionnait un seul et unique titre : « Formateur ».

Je n’ai jamais aimé faire étalage de titres, d’acronymes et d’autres sigles, d’une part je n’avais aucune de ces expertises mais d’autres parts j’ai toujours préféré que l’on découvre le bien fondé de mes compétences par l’action, que de devoir prouver la prétention de mes titres. Il y a – selon moi – toute une question de confiance et de crédibilité.

L’expérience vécue :

Nous devions passer plusieurs (6) ateliers de travail afin de mener à bien ce mandat qui s’annonçait pas mal exigeant quant au groupe d’étudiants qui s’étaient inscrits à cette formation.

Ce fut tout au long des trois premiers ateliers une description des formulaires que je devais remplir, des consignes, des rapports, des fameux « plans cadres » dont j’avais toutes les misères du monde à en comprendre la raison d’être. Bref un étalage de savoir dans des termes dont je prenais note pour que je puisse par la suite trouver la signification dans les lexiques et dictionnaires.

Je me sentais dans un tourbillon de verbes, de mots et puis ce besoin presque viscéral de créer de nouveaux mots et adverbes. Une sorte d’onctuosité crémeuse qui finalement ne me disait pas toujours en quoi consistaient le contenu et la stratégie pédagogique. Ayant eu la parole durant une de ces rencontres, je soulevais la question et me suis fait regarder avec un sourire bien condescendant me faisant dire que j’étais assez « nouveau » ou « pas suffisamment initié » au jargon du domaine!

Je suffoquais littéralement, prêt à m’en aller et quitter le plus rapidement ce groupe de personnes qui parlaient de tout sauf de l’essentiel! Fort heureusement mon directeur de projet, qui s’est avéré un fin pédagogue, avait tout compris!

En définitive j’eus à faire directement avec lui sans passer par les experts. Les programmes, les plans et le contenu furent établis en moins d’une semaine, nous fûmes prudents de formuler les documents dans le jargon et le format que les experts voulaient question de passer à l’essentiel.

Le second évènement n’est autre que le constat quotidien que l’on peut faire sur certains réseaux sociaux où se côtoient professionnels et spécialistes se rencontrent, bien entendu sans oublier les publications des experts qui eux en quête de statistiques et d’auditoire, bombardent le lecteur de termes comme si le seul mode de conjugaison qu’ils savent utiliser est l’impératif!

Se protéger

Il y aurait selon moi et me basant sur mon propre vécu deux manières de se prémunir contre ces discours d’experts toxiques et parfois dangereux : les fuir ou les suivre dans leur joute verbale en les confondant de manière subtile.

Bien entendu les fuir serait une bonne chose pour soi, cependant ce serait aussi se faire complice passif en les laissant continuer leur œuvre tant décriées.

Comment reconnaître un expert nocif? Finalement ce n’est si compliqué, il suffit d’un eu d’attention visuelle lorsque l’on tomber sur l’une de leurs publications :

  1. La syntaxe et le ton : verbe à l’impératif, la formulation en « recettes » ou nombre de points à suivre
  2. L’usage subtil des paralogismes, vous savez ces fausses vérités que l’on ne peut vérifier et si cela était possible ils auraient toujours raison (en apparence). J’aime me référer à cet exemple fort simple qui en dit long : une publicité à la télé qui commence ainsi « De nos jours il y a de plus en plus des pannes d’électricité.. » Ah! Oui ? Mais qui a dit cela ? Oui bien entendu si l’on compare nos ancêtres d’il y a 50000 années, c’est certain que nous avons plus de pannes de courant! Parfois le message du paralogisme est si évident que la demi-vérité nous passe entre les doigts sans être remarquée « Les humains sont mortel, Platon est un humain, donc Platon est mortel! » Yesss!…
  3. Le nombre de références, plus il y en a plus cela impressionne, plus cela impressionne plus on croit l’expert et puis qui va se mettre à tout vérifier! (Essayez, je vous assure que vous seriez surpris dans pas mal de fois !)
  4. Les mots longs de plusieurs lettres, plus c’est long plus c’est impressionnant moins on risque de comprendre, mais nature humaine oblige, serait-on ne pas comprendre en public. Alors on joue e jeu et on se pâme devant le verbiage presque gélatineux même si on n’y comprend pas grand-chose. Je suis un grand amoureux de la langue française, j’aime la richesse de son vocabulaire et la musicalité si bien rythmée de ses tournures; mais de là à vous embarquer dans une farandole épistémologique endiablée (voyez ce que je veux dire ?), de grâce messieurs les experts parlons français celui du peuple que nous sommes!
  5. On dit que le meilleur est laissé pour la fin. Le degré d’humanisme des experts fait penser au défi de planter du jasmin en plein désert! (j’aime inventer certaines images question de ne pas utiliser les clichés). Je vous propose ce petit jeu fort amusant. Lorsque vous lisez les textes d’experts, essayez de trouver certaines expressions comme : les personnes, la compassion, l’empathie, le mot émotion, le verbe sentir, le questionnement, ou mieux « J’ai essayé ceci… » etc. ceci vous donnera la mesure la plus simple quant à la valeur du message de l’expert que vous lisez!

Les experts en éducation! Eux sont un cas particulier. D’en avoir rencontré plusieurs j’avoue que je ne me suis pas fait beaucoup d’ami parmi eux. Ils sont nombreux, ces experts, qui n’ont plus enseigné depuis fort longtemps, voire même qi n’ont jamais enseigné mais qui vous sortent toute théorie possible en pédagogie appliquée dans les programmes scolaires.

Expert ou pas expert, la personne restera au cœur de toute solution! En terminant je pense à la réflexion que Peter Drucker faisait au sujet des gourous : «On dit gourou parce que charlatan c’est trop long et ça ne rentre pas dans les titres.” (La citation originalement en anglais parle du mot « guru » qui est bien plus court à écrire que le mot charlatan)

Note :
Ce billet a été inspiré en grande partie par la lecture du livre du Professeur Normand Baillargeon «Petit cours d’autodéfense intellectuelle » ainsi que de certaines conférences de Peter Drucker au sujet des experts et de l’éducation

Michel – 18 décembre, 2014


 

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Auteur : Michel J. Boustani

Auteur 25 ans d'expérience dans le domaine de la communication et de l'enseignement. Conception pédagogique - Gestion stratégique du savoir - Facilitateur d'atelier en pensée design et grand amateur de mises en récit et blogues. _____ Author - Web author 25 Years in the field of Communication. Specialist in Instructional Design - Strategic Design Thinking and Knowledge Management Implementation. Actively involved in Storytelling and Social Networks

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