Sommes-nous face à deux grandes solitudes en éducation ?

Collage


Lorsqu’un stéréotype est appris,
il est difficile de s’en défaire
(Gosselin 2000)


Je dédie cet article à une amie qui m’est chère, qui a inspiré l’essence même du contenu. Elle est gestionnaire qui croit que le monde du travail est toujours un monde fait de personnes, mais aussi elle est mère d’enfants qui vont à l’école, des enfants qui comme tant d’autres doivent affronter ces défis non choisis. Un grand merci M… pour cette inspiration unique et précieuse!


Le monde de l’éducation aujourd’hui est – du moins à mon avis – en pleine crise. Afin de rester objectif, je dirai que c’est plutôt une crise de croissance.

Il nous suffit d’observer ces réalités qui, de par l’héritage séculaire des pratiques de l’éducation jusqu’ici, nous montrent que cette dernière s’est construite au fil du temps sur le modèle voulant que l’enfant (l’étudiant) procède au cours de son cheminement à l’atteinte d’un objectif (plusieurs parfois), cet objectif étant quantifié et mesuré en performances qui sanctionnées par des tests et l’inévitable carnet de notes ou de niveaux, permettrait, et permet toujours, à l’enfant de passer de classe ou pas.

À noter aussi que ce modèle englobe tous les enfants en âge de scolarisation, peu importe le rythme d’acquisition, la nature, et la personnalité de chaque écolier. Nous sommes encore aujourd’hui dans un modèle de la taille unique pour tout le monde (One Size Fits All)

Tout le monde fait partie de ce modèle que l’on applique à la population en âge de scolarisation, (on, étant le système scolaire et son organisation selon chaque pays, que l’institution soit publique ou privée; le modèle reste le même aux yeux des experts en pédagogie et des responsables en gestion scolaire).

Comme dirait un certain adage : à quoi cela sert de changer tant que cela fonctionne sans problème ? (problèmes apparents bien entendu)

Ne pas oublier qu’au fil des générations la gestion de ce modèle a « évolué, s’est adaptée » en se munissant d’approches dites nouvelles, des approches ouvertes à une pédagogie « répondant aux exigences de chaque temps » mais qu’en est-il des besoins des enfants ? Ce besson se limiterait au tableau blanc intelligent, au réseau virtuel en classe, à une tablette dernier cri ou à un écran géant..?

L’on a aussi « changé » ces changements de nature coercitive : ne plus infliger de punitions corporelles, ne plus imposer certains cours, mais opter pour un dialogue différent, ce dialogue qui, empreint de la rectitude d’usage, n’en porte pas tellement d’âme ou de cœur aux enfants. On se fâche poliment, on remet en place avec respect, on sanctionne avec subtilité. Le cœur de l’éducation est néanmoins resté inchangé! Le modèle descendant, la relation hiérarchisée entre le professeur détenteur du savoir et des élèves les receveurs de ce savoir. Ce modèle se transpose à tous les niveaux scolaires, question de respecter la consistance!

J’appellerai, pour les besoins de la cause, ce modèle comme étant « L’éducation institutionnelle ».

Mais que se passerai-t-il si un ou plusieurs écoliers avaient failli à rencontrer ces objectifs, n’avaient pas atteint le niveau de performance requis ? Selon le modèle actuel, l’enfant présenterait une situation dite « d’échec » et de ce fait « ne rencontrerait plus les objectifs définis par le système », il est clair que l’enfant se trouve à la croisée de deux possibilités : la première, s’améliorer (aide aux devoirs, tuteurs personnels, parents plus impliqués, aide du professeur après les cours, enseignants privé, etc.0, sinon la seconde, ce même enfant serait reconnu pour avoir des difficultés d’apprentissage et se trouverait de facto dans une autre réalité : celle du domaine de l’éducation pour personnes en difficultés d’apprentissage, aux mains d’éducatrices ou d’éducateurs spécialisés.

Afin de ne pas alourdir le texte et pour faire honneur aux femmes je parlerai d’éducatrices pour enfants en difficultés d’apprentissage, il est un fait connu que la majorité des personnes dans ce domaine soient des femmes. Messieurs n’y voyez aucun dénigrement de votre rôle!

En me fiant aux observations faites sur le terrain, dans mes communications avec plusieurs des professionnels en éducation spécialisée, en passant par la rétroaction des parents avec qui j’ai eu plusieurs échanges, il en ressort que l’enfant se trouve dans un tout autre monde. Rassurez-vous ce dernier est pas mal différent – je dirai en bien – du premier!

Les éducatrices spécialisées se nourrissent des principes de la pédagogie voulant que l’enfant soit au cœur de leurs préoccupations, celles d’offrir à l’enfant un environnement favorable pour son cheminement dans la collecte du savoir, dans cet apprentissage qui lui permettrait d’avancer. Cette éducation centrée sur la compassion, l’empathie et le souci de voir l’enfant trouver son propre rythme, son propre périmètre, ses propres limites et ses propres horizons. L’on n’est plus dans la course rythmée de l’atteinte coûte que coûte d’objectifs, de performances et de résultats on ne se trouve plus dans le « il faut suivre le rythme, sinon… ».

SI l’on revoit ce que cet enfant a vécu pour en arriver là, on réaliserait combien de temps précieux cet enfant a littéralement perdu, mais aussi combien le système a de son côté lui aussi investi en ressources pour statuer finalement que l’enfant avait d’autres besoins. Et que de fois cet enfant doit attendre, car faute de moyens, les éducatrices spécialisées ne sont plus en nombre suffisant pour assurer la demande.

Je ne développerais pas la part d’une certaine de responsabilité à vouloir à tout prix «  pousser l’enfant, son éducatrice et le système » à rester en classe avec les autres enfants qui eux évoluent selon le modèle premier!

Je ne veux en aucun cas montrer un manque de compassion ou de compréhension envers les parents qui agissent dans ce sens. Je ne suis point qualifié pour analyser les attitudes du comportement des parents. Je trouve que c’est bien dommage de ne voir dans cette situation que des parents plus qu’inquiets de savoir que leur enfant ne vit pas comme les autres enfants… Amener ces mêmes parents à voir que leur enfant est comme tout enfant, qu’il a besoin de suivre son propre rythme, s’approprier ses propres points de repères qui lui permettront de choisir sa propre évolution dans l’acquisition des connaissances. Chers parents vous devriez penser autrement que le modèle d’éducation actuelle. Les institutrices spécialisées font un travail extraordinaire. Le lien de confiance entre elles et votre enfant doit commencer auprès de vous et se compléter avec vous à travers les institutrices. Si votre enfant a eu ces fameux « échecs » dans le système actuel ce n’est ni vous ni votre enfant qui devriez faire tout pour que votre enfant rentre à nouveau dans les rangs! Penser qu’il n’existe qu’un seul modèle d’éducation est le cœur du problème et nous empêche de voir les multiples possibilités qui existent et qui sont adaptées pour chaque enfant.

Si les éducateurs du modèle institutionnel sont formés pour enseigner et s’assurer que le modèle fonctionne et que les élèves atteignent les objectifs fixés, il serait normal de dire que l’attention personnalisée que les éducatrices spécialisées apportent à leurs élèves n’existe pas ou peu pour les enfants qui font un parcours d’objectifs à atteindre, l’inverse serait aussi vrai à dire!

Mais alors que fait-on ? Faut-il attendre que la majorité des enfants échouent à l’atteinte de leurs objectifs pour statuer que le modèle d’éducation présente plusieurs problèmes ?

Et pourquoi deux profils d’instituteurs/institutrices ? Pourquoi pas un profil qui prenne le meilleur des deux mondes et finalement pourquoi maintenir cette philosophie pédagogique qui veuille que ce que les enfants apprennent à l’école c’est d’être des enfants qui vont à l’école! (et sans vouloir faire d’ironie, ils apprennent ce que sera leur vie future en tant qu’employés formés à être des employés dans une entreprise!)

Qu’attendons-nous de joindre ces deux solitudes le cœur des uns et la raison des autres. Les personnes, les enfants ont tous sans exception besoin des deux et ne doivent pas attendre un diagnostic de non-conformité aux objectifs non-atteints pour passer d’une dimension à l’autre.

La pédagogie est une question qui touche les enfants, n’allons pas trop loin; si l’on regarde le sens original du mot, qui nous vient du Grec : παιδαγωγία ou éducation des enfants ! De plus, une définition plus générale nous renseigne comme suit : Plus généralement, l’expression « Faire preuve de pédagogie » signifie l’aptitude à enseigner et à transmettre à un individu ou un groupe d’individus — de tous âges et de toutes conditions — un savoir ou une expérience par l’usage des méthodes les plus adaptées à l’audience concernée, (Wikipédia)

Vous ne pensez pas que ces quelques mots en disent suffisamment pour nous rappeler ce que l’éducation veut vraiment dire ? Un transfert de savoir à des personnes selon des méthodes adaptées à l’audience concernée!

L’éducation, alors? Deux solitudes qui ne se parlent pas ou un monde autrement meilleur?

Michel – 20 décembre, 2014


 

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Auteur : Michel J. Boustani

Auteur 25 ans d'expérience dans le domaine de la communication et de l'enseignement. Conception pédagogique - Gestion stratégique du savoir - Facilitateur d'atelier en pensée design et grand amateur de mises en récit et blogues. _____ Author - Web author 25 Years in the field of Communication. Specialist in Instructional Design - Strategic Design Thinking and Knowledge Management Implementation. Actively involved in Storytelling and Social Networks

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