Les influences perverties !

00 Blogue 29 septembre 15


“Les médias reflètent ce que disent les gens, les gens reflètent ce que disent les médias. Ne va-t-on jamais se lasser de cet abrutissant jeu de miroirs ?” (Amin Maalouf – Le Premier siècle après Béatrice)


Lorsque la ligne qui sépare paralogismes et sophismes devient trop mince, il est – à mon avis – temps de s’inquiéter quant à la faculté des fidèles d’une personne publique dite aussi d’influence, d’user de leur bon jugement pour mieux comprendre une question d’intérêt public, voire d’éviter l’aliénation définitive de sa propre liberté en tant qu’individu ou en tant que peuple.

Si le trop célèbre paralogisme fait sourire, l’on sait bien que l’intention de son utilisation n’est ni mauvaise ni intentionnellement perverse : « Tous les humains sont mortels, Platon est un humain donc Platon est mortel ! » Une logique pour certains amusante et pour d’autres évidente, rien n’aura été plus utilisé de nos temps pour promouvoir un message publicitaire (audio et vidéo) misant sur le très court délai d’écoute du message et le temps suffisant quant à la capacité de réflexion logique, nous voici passant à l’énoncé de l’argument final qui clos l’effet convaincant. Certains l’amalgament aux idées reçues et cela n’est pas moins amusant, surtout de découvrir par la suite la faille dans ce raisonnement et d’en rire un bon coup en se promettant de ne pas se faire avoir la prochaine fois.

Les exemples sont trop nombreux pour être cités, mais gardons à l’esprit que tout ce qui nous semble évident dans un cadre d’une logique des plus simples pourrait bien être utilisé pour nous « divertir » du sujet principal et nous faire accepter la conclusion comme par exemple qu’un produit est bien meilleur que son concurrent direct, ou pire encore, l’acceptation d’une certaine vérité qui n’en est pas une (du moins prouvée).

Les politiciens et les personnes publiques ont rapidement compris l’intérêt de cette approche, et ne se gênent pas d’en user sans modération. Si vous avez l’occasion d’assister aux débats des chefs politiques vous seriez royalement servis. Je rigolais un jour de voir deux candidats aux élections fédérales du Canada, se lancer des chiffres en pleine face, les mêmes, mais qui pour l’un était une réduction du taux de chômage et pour l’autre une augmentation du nombre de chômeurs, une connivence tacite, politically correct ou simplement un manque éhonté du respect le plus élémentaire envers l’intelligence des auditeurs ?

Nos chers gestionnaires d’entreprises ne font pas exception, l’on nous parle (à nous les employés) dans les mêmes termes avec lesquels on s’adresse aux membres du conseil d’administration et finalement on sert une mixture à peine digeste en compréhension aux actionnaires dont font partie les deux groupes précédents. Si pour les uns ce sont des pertes d’emplois pour les autres ce sont des économies d’argent, tout est dans la manière du bon usage des termes !

Il y a aussi, et ce, malheureusement, quand le message ne passe plus, que le jeu est connu et que la personne d’influence a son propre agenda caché. Bien entendu cela se voit plus clairement auprès de certains chefs d’états qui, une fois le pouvoir acquis, font tout le nécessaire pour « gagner à leur cause » les populations : campagne de la peur, populisme, martelage sur un fait divers en le rendant grave voire dangereux pour la survie, attiser les tensions identitaires, etc. Pourrait-on dire que la recrudescence de sophismes, mieux encore, sa banalisation sans aucune modération, est en rapport avec la facilité d’accès des nouvelles technologies ? Ceci n’étant pas mon débat actuel, mais force est de reconnaitre que nous nageons en plein dans un bouillon sursaturé de vérités qui ne sont que des ersatz comme la chicorée grillée le fut pour le café durant les grandes guerres!

On use de la technique du sophisme afin de leurrer un auditoire dans le but d’atteindre un objectif donné, tout en s’assurant que les personnes (audiences et fidèles) sont convaincues de la justesse de ce type d’affirmation.

Le monde de l’information est rempli de ces conséquences désastreuses de sophismes propagés par ces mêmes médias qui s’avèreront le temps venu comme inexacts ou faussement utilisés. Une simple allégation citée par une personne des médias, porterait plus de préjudice à la personne visée qu’une accusation formelle et prouvée. Lorsque vient le moment d’admettre une erreur, c’est avec timidité juvénile que l’on admet son erreur, le mal est pourtant fait et consommé !

L’on me dira que cela est chose courante depuis l’histoire des temps, les promesses illusoires rarement tenues, etc. Oui je veux bien y croire, sauf que de nos jour il faut compter avec la trop grande facilité de l’accès aux nouvelles technologies, la propagation quasi-instantanée des nouvelles (fondées ou pas), le pouvoir des individus d’influence auprès d’un auditoire qui se digitalise et s’universalise de plus en plus.

Nous savons trop bien quel effet viral que peut avoir une image soigneusement cadrée et retouchée qui littéralement explose sur les médias et réseaux sociaux, quels que soient les démentis qui suivraient le public digital a pris la décision de croire et de promouvoir la semi-vérité, malgré les rectificatifs. Mieux vaut une fuite en avant que d’admettre s’être trompé!

Nous entrons dans une nouvelle ère : celle de la démocratie digitale ou si on veut le « e-democracy », nous devenons des citoyens du monde par la force des choses, n’en déplaise aux tenants des défenseurs des identités ethniques et religieuses, nous nous découvrons de nouvelles responsabilités et pourtant nous fonctionnons selon le modèle hérité de l’âge (révolu) industriel. Nous transmettons, hélas, les valeurs qui ne se sont jamais préoccupées du respect des individus entre eux.

Si l’on souffre du manque de philosophes et d’humanistes des temps de notre époque, il est triste de prendre note de la profusion des adeptes du sophisme sans modération aucune.

Les acteurs les plus dangereux sont certes ceux que l’on identifie comme tels, mais il est une catégorie encore plus perverse, les gens envers qui l’on a confiance, ces personnes qui ont su, au cours de leurs cheminements humains et professionnels, inspirer une confiance crédible voire un abandon à leurs idées supposées humaines qui nous servent le raffinement de leur pensée biaisée par la malveillance de leurs intentions. Ils existent et sont légions, mais de là à les reconnaitre c’est tout un exercice que bien peu de gens comme vous et moi avons les habiletés requises.

Ces individus sont – pour moi du moins – à l’instar des borgnes au royaume des aveugles. Le stratagème utilisé est d’une subtilité notable : de deux maux ils vous présentent le moindre, imaginons alors la réaction publique : choisir un mal parmi les moins pires. Je lisais les fameuses analyses de certains fameux experts qui sans aucune émotion altruiste décrivaient les raisons de maintenir un dictateur au pouvoir alors que ce dernier aurait dû passer en jugement pour crimes contre l’humanité. On se fourvoie en raisonnements et analyses alors que pendant ce temps de cogitations soporifiques du monde meurt assassinés pour les raisons qui n’en sont pas!

Et dire que ces gens dits « biens » les présentent comme utiles et nécessaires pour éviter un pire malheur…

Que faire ? Beaucoup me diront que cela est impossible que la force est avec ceux qui l’ont, et que quoique l’on fasse nous échouerions. Probablement que vous aurez raison, mais il est une chose que ces personnes ne pourront jamais atteindre c’est notre libre pensée, notre pouvoir de prendre un instant de recul et de simple conscience personnelle.

N’est-il pas préférable de penser librement en silence malgré la coercition imposée par la force que de perdre son identité humaine en abandonnant le pouvoir de son esprit ?

L’éveil de notre conscience individuelle nous appartient, si nous le perdons il n’y aura d’autre que nous-mêmes à blâmer!

À la prochaine,

Michel – 29 septembre, 2015

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Auteur : Michel J. Boustani

Auteur 25 ans d'expérience dans le domaine de la communication et de l'enseignement. Conception pédagogique - Gestion stratégique du savoir - Facilitateur d'atelier en pensée design et grand amateur de mises en récit et blogues. _____ Author - Web author 25 Years in the field of Communication. Specialist in Instructional Design - Strategic Design Thinking and Knowledge Management Implementation. Actively involved in Storytelling and Social Networks

2 réflexions sur « Les influences perverties ! »

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