Mes retrouvailles de septembre !

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À Maman, Camille, Graziella, Sheryn, Léa, Claude, Georgette, Souheil, Nada, Nicole, Katia, Maria, Saida, Élise, Jeanne, Georges, Imad, Antoine, Joe, Jabbour, Maya  et toutes celles et tous ceux que j’oublie de citer. Au fond à chaque personne qui vit sur ce petit lopin de terre situé sur cette place que nous appelons Terre!


 

Moi qui ne suis plus un adepte des longs vols (12 heures sans compter les escales et l’attente et les files et les fouilles, les bousculades et les crisettes d’anxiété, puis les repas qui ne sont pas et que l’on consomme malgré tout, sans oublier les sourires de circonstances quand on veut quitter son siège et que l’on dérange au moins une personne!) j’avais hâte à ces retrouvailles, les dernières de 2002 et 2009 avaient été plaisantes, familiales, réconfortantes mais autant épuisantes par le rythme effrénés des rencontres quasi quotidiennes autour d’une table agrémentée de mille et un mezzés (prononcer dans le jargon de mon pays Mézah!) je pense que j’avais mangé du taboulé pour au moins deux vies terrestres et des grillades de poulets (le chich taouk, vous connaissez ?) et les brochettes de viande d’agneau pour deux autres vies, bonjour l’éternité!

Ces retrouvailles furent dignes, discrètes, amicales, amoureuses, sentimentales, au brouhaha des pots d’échappements en liberté et des effluves nauséabondes des émanations du diesel qui m’asphyxiaient se sont interposés les silences de la dignité d’un pays en peine…

Mes rencontres, celles qui eurent lieu et les autres manquées, eurent chacune sa raison d’être, aucun hasard ni imprévu tout simplement des rendez-vous postés au calendrier de notre humanité. Qui dit que le temps est compté quand il est question de l’éternité ? Une émotion n’a ni début ou fin elle complète et continue heureuse ou pas, elle nous rappelle notre condition d’humains à part entière.

J’ai retrouvé un pays en manque de son peuple, mais un peuple en manque de voir son reflet apparaitre dans le miroir de sa propre existence, des visages qui se voulaient souriants, des yeux scrutant le vaste océan des mers inconnues, quêtant réponses et promesses de rivages meilleurs…

Les mots naissaient sans racines profondes, les émotions se rythmaient au son des génératrices ou des citernes d’approvisionnement en eau, l’on n’osait parler de politique, de politiciens ou de la situation, la couche des civilités tentant de masquer le feu couvant empreint d’inquiétudes pour des lendemains plus cléments. Mais rien ne pouvait taire la colère en harmonie avec la peine du pays souffrant… Oser souffrir librement voilà ce que les visages hurlaient entre une gorgée de café corsé parfumé à la cardamone (essayez c’est savoureux surtout après un repas copieux) et une bouffée de chicha à saveur Ajameh (pst! mon préféré)!

En me déplaçant d’un endroit à l’autre j’ai découvert plusieurs contrées, chacune ignorant la précédente et la suivante, autant de pays que de paysages, mais savez-vous quoi ? J’ai revu et éprouvé cette même colère, ce même désir de dignité, cette même attente d’un pays non plus d’un pays dans un pays, mais d’une nation entière qui, malgré ses diversités profondes respireraient le même air. Ma colère, elle, est claire, nette : cessons les palabres et les tours de voltiges rhétoriques, cessons de décortiquer l’ensemble dans un tout régional, mondial et global. Si le problème du monde est celui du retour aux identités pointues et fermées, celui d’une nation en devenir est celui d’exister point à la ligne. Si j’ai vu cet abandon au principe si propre à la culture du lieu, le destin, et bien il est grand temps de s’éveiller autrement ! La soumission héritée à l’adage voulant que tout ce qui est se trouve écrit quelque part, je serais curieux de trouver cet auteur et lui dire, autour d’un bon café, que les choses peuvent être vues autrement!

J’ai vu des murs écorchés, des maisons pansant les plaies d’il y a 40 ans, j’ai vu une nature qui avait hâte de reprendre ses droits et changer la palette de couleurs, celles des saisons qui tardent tant à réjouir les cœurs du monde!

Si les personnes étaient présentes elles avaient toutes ce point unique et commun, l’abandon à cette inconnue omniprésente jusqu’à dans ses moindres soupirs. Cet instant qui ne vient presque plus, l’instant libérateur du plaisir enfin consommé… J’ai vu des souffles retenus, se retenant, hurlant cette apothéose tant attendue !

Que dire à ces personnes en quête de réponses, leurs réponses, et non les miennes. Que dire sinon leur témoigner de mon silence de simple humain en signe sincère de mon profond respect. La pudeur voilà! Juste un peu de pudeur ! Leur promettre de meilleurs lendemains aurait signifié, de ma part, une insouciance de leurs propres réalités comparées aux miennes, si nous ne pouvions user du même langage nous avions en commun la chasteté profonde du silence qui dit plus que tous les mots réunis.

Un pays en manque de son peuple, un peuple qui rêve encore son pays … voici la langue commune sur laquelle nulle opposition ou nul désaccord d’opinions politiques ou simplement humains ne pouvaient venir ruiner la quiétude solennelle de ces moments, ces instants que nous réussissions de faire naitre dans le temps qui ne s’arrêterait plus jamais, jamais de telles retrouvailles bien que courtes et discrètes ne furent autant ces témoins de notre éternité ! Celui d’une nation et non d’un pays ! Une nation n’a aucune frontière physique ou politique, une nation vit, existe et grandit !

Je me suis permis de promettre un retour non pour déballer ma valise de réponses, mais pour continuer cette conversation pudique et humaine qui raviverait le souvenir toujours présent des retrouvailles de cette nation !

À bientôt !

Michel – 30 septembre, 2015

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Auteur : Michel J. Boustani

Auteur 25 ans d'expérience dans le domaine de la communication et de l'enseignement. Conception pédagogique - Gestion stratégique du savoir - Facilitateur d'atelier en pensée design et grand amateur de mises en récit et blogues. _____ Author - Web author 25 Years in the field of Communication. Specialist in Instructional Design - Strategic Design Thinking and Knowledge Management Implementation. Actively involved in Storytelling and Social Networks

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