Les salles d’attente !

Salle d'attente


Nous avons développé un goût assez particulier pour la lecture depuis que les salles d’attentes des cliniques et des hôpitaux ici chez nous se sont transformées en salles de lecture. Les délais d’attente obligent bien entendu ! Cela peut varier d’une « petite heure » ou plusieurs « petites heures » selon le cas, le tout servi avec un sourire et l’incontournable « ce ne sera pas long ! » (Lire c’s’ra pas long!)

La scène : mardi matin de bonne heure, je me trouvais à l’hôpital pour un prélèvement sanguin avant mon rendez-vous avec mon médecin (visite semi-annuelle).

M’étant engagé mentalement dans de bonnes dispositions je suis arrivé tôt, pour éviter ces longues files d’attente, oups je devrais dire ces files de lecture.

Fier de moi, je rentre, et vois une foule, pas un siège de libre, je vais, comme tout le monde, prendre un numéro, je suis le 124ème et, horreur! On serte le numéro 62 ! J’ai vite compris qu’il se passera des pages de lecture de mon livre !

Je m’installe debout contre un mur, ouvre mon livre, mais suis pris par une conversation qui se passe entre deux dames d’un certain âge, fort sympathiques, surtout soigneusement habillées, maquillées, vraiment elles faisaient plaisir à voir.

Ce qui suit est une conversation du genre « histoire à dormir debout » tellement décousue mais tellement amusante de par sa cocasserie.

  • Je suis le 145
  • Mais non voyons tu habites toujours au 1150 rue…, comment cela tu as déménagé sans me dire ?
  • Mais non je te dis que je suis le 145
  • Comment le 145, la semaine passée je suis venue chez toi, c’était bien au 1150

La discussion continue ainsi pendant une bonne minute, puis celle du 145 répond à son amie,

  • Mais voilà toi tu es le 149,
  • Voyons-donc tu dis n’importe quoi je vis toujours à Laval et ce n’est pas le 149
  • Si je te dis que tu es la 149ème personne pour ton tour !

Bon, voyez-vous je retenais le fou rire qui me ferait passer pour un aliéné grave ! Se rendant compte l’une et l’autre de ce quiproquo, elles se sont mises à rire comme deux « gamines » en regardant autour d’elles afin de mesurer l’effet provoqué par cette situation !

L’une me regarde et me dit :

  • Excusez-la monsieur elle est sourde des fois et ne comprend pas ce que je lui dit, mais l’autre rétorque,
  • Tu dis de moi que je suis sourde, mais alors pourquoi tu ne réponds pas lorsque je t’appelle, tu laisses sonner plusieurs fois …

Une scène des plus attendrissantes, une scène des réalités de la vie dont je me trouvais aux premières loges en ce matin de lecture dans une salle d’attente!

Finalement mon tour arrive, je me sépare de mes deux nouvelles « amies » d’un signe de tête leur souhaitant une bonne journée, non sans entendre un chuchotement « Il est poli le monsieur! En voilà de bonnes manières! » Aie ! Michel attention à ton ego !

Mon tour arrivé me donnait accès à être enregistré, avec tout ce qui est nécessaire pour passer dans la salle des prélèvements, ce qui voudrait dire une autre file d’attente! Yes ! Of course ! un autre salon de lecture, proche de la délivrance tant espérée !

Étant toujours le numéro 124, je me dirige allègrement à l’autre bout du corridor en essayant de faire un pari sur le numéro servi. Quelques chiffres et pas plus tard, j’arrive la salle est bondée (quoi d’autre) je cherche rapidement l’écran annonçant combien de pages il me faudrait lire avant de me faire piquer l’avant-bras!

Ahhh! Soulagement profond ! C’est le 90 ! Je cherche du regard une chaise, en trouve une et me trouve à côté d’un jeune couple qui discute calmement. Je m’installe sort mon bouquin, retrouve ma page et me met à lire… Mais non, il ne sera pas dit que je pourrai avoir ce luxe de lecture ce matin. Le monsieur (apparemment le conjoint de la dame qui venait pour des examens) se lance dans une discussion (disons un monologue) au sujet de ce que le voisin lui avait dit sur comment protéger les jeunes arbres achetés pour les grands froids. Ce fut presque un cours complet sur la méthode, les raisons, les détails, non rassurez-vous je vous en fais grâce. Elle de lui dire d’un ton vraiment du genre « Écoute change de disque j’en rien à faire de tes histoires d’arbres! » :

  • Tu sais quoi ? SI tu veux m’attendre dehors et prendre un café en attendant ! Lui de répondre :
  • Alors tu n’aimes pas ce que je te raconte ? (Le ton montait)
  • Mais non, c’est qu’en ce moment je ne suis pas dans le « mood » d’entendre parler de ça, je suis à jeun depuis hier soir et me sens vraiment fatiguée
  • Mais tu ne m’écoutes jamais !
  • Oh ! Laisse faire !

Mais qui vois-je arriver ? Ahhh mes deux amies de tantôt ! Loi de Murphy oblige, deux sièges vacants près de moi et du couple en pleine chicane. Cela promet!

  • Hi hi je n’en reviens pas notre histoire de tout à l’heure
  • Oui tu vois ma chère on devrait mieux écouter, mais avoue qu’on a eu bien du fun, puis le monsieur avait l’air amusé!

Elle se retourne vers moi d’un sourire complice, puis s’adresse au monsieur qui marmonnait dans son coin et lui raconte l’incident! Une vraie scène de film de Jacques Tati[i]. Les scènes de la vie au quotidien!

Quelques instants plus tard mon tour arrive et je cours vers la piqure salvatrice pour rentrer chez moi!

À la prochaine,

Michel, 4 novembre, 2015


L’image qui illustre cet article est tirée du site : La Vision d’Emma (Blogue)


[i] Jacques Tati : (1907 – 1982) Tati incarne le renouveau du burlesque français. Le personnage de monsieur Hulot avec sa silhouette élancée et sa pipe fait corps avec Tati qui cite lui-même Charlie Chaplin ou Buster Keaton à titre de comparaison. Cependant Tati renonce au privilège de « comique professionnel » ou d’expert du mime, pour mettre en avant la foule de figurants de ses films. Il n’hésite pas à faire appel à des amis du music-hall, les techniciens acceptent de jouer les figurants au milieu des gens du village, eux-mêmes ayant accepté de rester endimanchés tous les jours pour les besoins du scénario de Jour de fête. Sans hiérarchie ni préjugés, les films de Tati reconnaissent à tous les personnages qui apparaissent à l’écran le droit de faire rire

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Auteur : Michel J. Boustani

Auteur 25 ans d'expérience dans le domaine de la communication et de l'enseignement. Conception pédagogique - Gestion stratégique du savoir - Facilitateur d'atelier en pensée design et grand amateur de mises en récit et blogues. _____ Author - Web author 25 Years in the field of Communication. Specialist in Instructional Design - Strategic Design Thinking and Knowledge Management Implementation. Actively involved in Storytelling and Social Networks

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