Le problème avec les experts !

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Ne sois pas vaniteux à cause de ton savoir ! Discute avec l’ignorant comme avec l’homme cultivé. On ne peut être compétent sur tous les sujets ! Aucun expert ne sait tout. Une parole belle et profonde est plus cachée que la belle pierre verte. On la trouve même chez des servantes qui travaillent auprès des meules.
Maximes de Ptah-Hotep[i]


 

Depuis quelques temps ils sont là, bien présents, on n’entend que leurs noms, leurs apparitions sur les chaines de nouvelles sont des plus fréquentes, les revues et blogues sont inondés de leurs analyses et visions, ces fameuses visions qui nous prédisent chacune à sa manière l’apocalypse d’un certain monde, notre monde finalement!

Les experts, oui c’est bien eux ces fameuses gens, ont pris du galon depuis que les penseurs, humanistes et philosophes se sont fait montrer la porte par la culture du superficialisme[ii] total en matière de profondeur et de l’absence d’analyse des questions importantes. Se faire traiter de philosophe, de nos jours, n’est plus une reconnaissance valorisante, avoir des opinions humanistes est souvent amalgamé plus à du militantisme en opposition avec le modèle établi et traité en conséquence avec une pointe péjorative, vouloir promouvoir un changement pour le meilleur-être des personnes selon leurs besoins actuels est aussi vu comme « une attitude qui ne va pas avec le mode de fonctionnement d’usage ». On favorise les mises en applications structurées et procédurales quitte à ce que la personne transforme sa propre éducation en une sorte de formation devenant ainsi utilisatrice à la limite robotisée dans son raisonnement.

Je trouve toujours impressionnantes ces situations presque chaotiques quand survient une panne de réseau dans un magasin, ou un centre commercial. C’est une sorte de réveil brutal du ronronnement soporifique des gestes automatisés vers une réalité celle du « Comment je dois faire autrement ? » Comme si plus personne ne savait s’en sortir et continuer de fonctionner par d’autres moyens.

Je me rappelle une panne de courant dans un restaurant par une soirée d’hiver, la place bondée, la panne survient juste au moment où la plupart des clients ont fini de manger et s’apprêtent pour payer et partir.

Ce fut une sorte de pagaille, le gérant qui demandait d’être payé si possible comptant, les clients avaient compté sur leur cartes bancaires, il a fallu revenir à la bonne vieille méthode manuelle, nous fîmes la file pour payer !

Dans un article précédent je soulevais la situation inquiétante de l’enseignement, un tel enseignement qui de par le modèle recommandé, par certains experts en éducation, transformait les étudiants en personnes développant un savoir-faire (utilisateurs et super-utilisateurs) de niveau avancé plus sur des outils technologiques que sur l’acquisition et la compréhension du savoir. En d’autres termes ce serait apprendre à utiliser un gadget pour rédiger du texte, sans nécessairement avoir des connaissances, même rudimentaires, en rédaction.

Si la présence d’experts est importante pour la prise de décisions critiques à différents niveaux et domaines, il incombe toujours à ces mêmes experts le rôle d’informer de clarifier et de permettre au client (payeur) d’être autonome, ce qui n’est pas souvent le cas, hélas.

SI l’expérience n’est pas nécessairement l’expertise dont se prévalent les experts, ce qui se passe hélas en milieu du travail par exemple le secteur industriel, lorsqu’un ouvrier qualifié aura développé au fil des années et des mandats une profonde connaissance du comportement de son équipement que nul manuel, document ou, expert de cet équipement ne pourrait connaitre. L’on fait quand même appel aux experts. Le plus désolant survient lors de la perte de cette expertise si l’employé est mis à pied, quitte ou s’en va à la retraite. Un savoir inestimable étant irrémédiablement perdu !

Si l’expert est un acteur important dans notre modèle socio-économique aujourd’hui de par son rôle et son impact sur les décisions, il n’en demeure pas moins qu’il a aussi une responsabilité : celle de partager son savoir et « d’éduquer » son client. Il serait tellement mieux reconnu et apprécié! Tout le monde aurait à y gagner, les experts en premier ! À la prochaine,

© Michel J. B. – 2015


 

[i] Ptahhotep (peut se transcrire aussi par Ptah-hotep) est un vizir (préfet) de l’Égypte antique (environ -2400) sous le règne du pharaon Djedkarê Isési de la Ve dynastie. Il est l’auteur du plus ancien écrit de sagesse qui nous soit parvenu. Ce texte se nomme L’Enseignement de Ptahhotep ou le Livre des Maximes de Ptahhotep et a été retrouvé sur le papyrus Prisse conservé actuellement à la Bibliothèque nationale de France

[ii] Superficialisme : comme vous l’aurez deviné quand un mot n’existe pas dans mon langage j’aime le plaisir d’en créer un pour les besoins de mon article, celui-ci en est parmi les autres !

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Auteur : Michel J. Boustani

Auteur 25 ans d'expérience dans le domaine de la communication et de l'enseignement. Conception pédagogique - Gestion stratégique du savoir - Facilitateur d'atelier en pensée design et grand amateur de mises en récit et blogues. _____ Author - Web author 25 Years in the field of Communication. Specialist in Instructional Design - Strategic Design Thinking and Knowledge Management Implementation. Actively involved in Storytelling and Social Networks

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