Lire ? Une histoire d’amour ?

00 2015 Illustration amour de lire


J’ai là vingt livres, devant moi, tous commencés.
Tu riras si je te dis que je n’en peux lire un seul,
à force de les vouloir lire tous.
Je lis trois lignes ;
je pense à tout…
André Gide
(Journal 1889 -1939)


 
Comme quoi la persévérance est payante certaines fois. Trouver une citation qui décrivait le mieux mes émotions quant à lire plusieurs livres de front. Merci André Gide pour cette pensée qui dit cet essentiel.
Beaucoup aiment lire un ouvrage à la fois, j’avoue que j’admire en eux cette fidélité envers l’auteur. Suis-je devenu tellement volage que de vouloir en lire plusieurs à la fois ? J’ai toujours eu plus d’un livre de lecture, voulant mettre ensemble plusieurs vies, celles des auteurs, dans un seul laps de temps, croyant fermement que je multipliais ce temps sans en diminuer la valeur de la quantité des pages lues …
Cette passion naissante bien avant mon adolescence, m’aura permis alors que je m’ennuyais dans les classes de langue française, de lire, avec une assiduité et une concentration qui m’étaient bien rares pour l’âge de mes pérégrinations, comme par exemple lire l’intégrale du Petit Larousse. Je m’amusais de relever au crayon ces mots qui m’amusaient tant. La musicalité des syllabes, le sens du terme qui n’avait pas – à mes yeux – un rapport avec l’orthographe du mot, la longueur du mot pour une si brève description et les abréviations. Oh ces dernières que de taquineries cérébrales elles m’auront causé : déchiffrer une série d’abréviations alors qu’à cet âge on pense jouer dehors, j’avoue que je m’en mettais pas mal sur le dos.
Pendant que je suais sur l’assimilation des acronymes, mon professeur lui continuait la leçon, me voyant distrait au milieu des pages, avait ce malin plaisir qu’ont la plupart des enseignants devant un élève distrait, de me poser la question qui me coulerait devant la classe : « Monsieur Boustani, pouvez-vous répéter ce que je viens de dire ? » Le ton se voulait menaçant, mon esprit et tout mon être se préparaient au pire : l’inévitable pensum, comprendre une colle pour un autre jeudi après-midi. Être réprimandé pour vouloir en savoir plus, je m’imaginais tel ce pionnier bravant toutes les contraintes pour atteindre mon but, vous remarquerez que j’avais l’imagination fertile, ceci suite aux lectures que je faisais.
L’amour des mots du lexique, me permit d’avoir ces coups de foudre pour chaque auteur que j’ai eu la chance de lire. Des styles différents, ceux recherchés, d’autres décontractés, subtils jeux de mots ou carrément populaires, je m’amusais à cet exercice de découverte.
J’avoue que plus je lisais plus j’aimais écrire ces mots que ces auteurs utilisaient, ce fut aussi une autre activité pour laquelle je m’occupais : comment utiliser ces expressions, leurs sens, leur contexte. Que de fois j’ai dû faire sourire mes enseignants et mes parents, qui lisant mes textes devaient se demander d’où je pouvais les sortir.
Au cours d’un devoir de rédaction, nous devions lire un extrait du Cid de Corneille et en faire un résumé dans nos propres mots. Cela me semblait beaucoup plus une contrainte qu’une occasion de développer mes habiletés de synthèse et de rédaction. Je trouvais peu intéressant de devoir dire dans d’autres mots ce qu’un auteur avait si bien exprimé.
Trouvant que l’extrait était trop court à mon goût, je décidais de lire la pièce au complet, mais ne réalisais pas que le rendu de ce devoir était pour le lendemain. Pour m’en sortir j’ai décidé d’utiliser la méthode d’abréviations du dictionnaire, cette méthode qui m’avait donné pas mal de difficultés pour en comprendre l’utilité, voici que se présentait l’occasion de mettre en pratique cette dernière.
En remettant ma copie au professeur j’anticipais sa réaction, prenant les devants je lui disais que l’extrait ne pouvait suffire, c’est pour cela que j’avais lu toute la pièce et que pour finir mon travail à temps j’avais utilisé les abréviations comme dans le dictionnaire.
Je ne sais pas s’il m’avait pris pour un extra-terrestre, outre le fou rire qu’il a eu suite à mon commentaire, il m’annonçait que bien qu’il trouvait mon idée géniale, je devais malgré tout refaire mon devoir tel que demandé !
Cela part bien la motivation !
Au lieu de me sentir découragé, je réalise aujourd’hui, que ces petits incidents ont moussé ma curiosité pour la lecture au point de me rendre amoureux et profondément passionné des livres. Au fond ces petites privations tels que devoir passer un jeudi après-midi en retenue était une occasion rêvée pour passer ces heures, que beaucoup de mes copains d’école redoutaient, en paix dans ce silence avec mes auteurs qui nourrissaient ma passion toujours insatisfaite.
Cette histoire d’amour, commencée depuis près de 50 ans, continue telle que je l’ai toujours voulue et souhaitée. Suis-je infidèle envers les auteurs pour autant de lire plusieurs livres de front ? En ce qui me concerne j’aime penser le contraire, j’éprouve ce plaisir unique de pouvoir lire et surtout vivre plusieurs histoires même temps.
 
À la prochaine,
Michel J. B. – © 2015
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Auteur : Michel J. Boustani

Auteur 25 ans d'expérience dans le domaine de la communication et de l'enseignement. Conception pédagogique - Gestion stratégique du savoir - Facilitateur d'atelier en pensée design et grand amateur de mises en récit et blogues. _____ Author - Web author 25 Years in the field of Communication. Specialist in Instructional Design - Strategic Design Thinking and Knowledge Management Implementation. Actively involved in Storytelling and Social Networks

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