Chassez le naturel, il revient au galop !

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Chassez le naturel,
il revient au galop !


Cette observation m’aura toujours fascinée. Je me souviens jeune écolier lorsque la première fois un de mes professeurs la disait à un copain de classe je n’avais pas bien saisi la nuance et en faisais part à Monsieur William, qui me répondais dans un sourire propre aux adultes de l’époque : « Mon fils, lorsque tu grandiras tu verras que nous ne changeons pas notre nature, nous y apportons des nuances, mais restons pareils à nous-mêmes ! »
Bon, là mon cher Monsieur William, je vous avoue qu’en terme de clarté je n’avais pas encore saisi le sens. Bien plus tard, beaucoup plus tard, je me suis pris à dire ces mots lors d’une conversation endiablée avec des copains, de par leurs regards j’avais compris que j’avais dit quelque chose qui allait les amuser pour la simple raison qu’ils me taquinèrent fort longtemps sur mes réflexions « philosophiques » de l’époque.
Les mondanités sont souvent l’occasion de rencontrer des gens que l’on n’a jamais vu. Si de surcroit la conversation s’engage et s’entretient, c’est pour certaines personnes (pas toutes quand même), d’étaler un certain m’a-tu-vutisme des plus inusités.
– Monsieur untel est directeur de tel département dans telle institution de renommée mondiale!
– Ah mais moi, mon cousin est directeur « général » (Remarquez le mot accentuée) il gère des milliers d’employés et passe sa vie en avion
– Ah fort intéressant !
– Mon fils est en train d’étudier dans un domaine qui fera de lui le seul expert au monde
– Mais le mien aussi, tu te rappelles ils ont passé le concours d’admission ensemble, le mien a réussi avec brio
Puis sans prévenir, cette même conversation vire aux chiffons
– Ma chère ta robe te va à merveille, c’est une robe signée j’espère ? (Remarquez le « j’espère »)
– Oh merci tu es gentille, oui j’étais de passage à Paris, j’avais du temps pour flâner je vois la robe dans la vitrine et voilà!
– Ah mais c’est celle-ci que j’ai vu la semaine d’avant j’avais pensé l’acheter … sauf qu’au restaurant j’ai croisé le designer de telle star qui m’a promis une exclusivité, tu verras au prochain cocktail…
Je pense que vous en savez autant sinon plus que moi sur ces comportements mondains, ce qui est intéressant ce sont ces mêmes gens qui dans le quotidien vont prendre un air sérieux (de circonstance) pour affirmer que le monde manque de sensibilité, de justice et de répartition des richesses pour tous les humains !
L’on m’a souvent dit que le monde réel était bien différent du monde digital, en parlant du comportement relationnel des individus cela s’entend. Je sais que mes opinions ne sont pas nécessairement partagées avec certaines personnes, cela est normal, voire souhaité. C’est pour moi et selon mon propre vocabulaire l’expression libre de ses opinions.
Comment ne pas s’étonner du comportement digital des personnes qui parfois est plus « réel » que ce monde physique dans lequel nous vivons. Si pour certaines personnes les amitiés ne peuvent être comparées entre les deux mondes, nous pourrions dire par contre que les comportements d’étalagite-aigue de ses propres particularités (qui seraient meilleures que le reste des humains) ne fait pas défaut… Nous sommes tous pareils, que ce soit sur les autoroutes virtuelles ou dans le confort de notre chez-soi…
Les exemples ne manquent pas, certaines personnes sentent une poussée fiévreuse si naturelle de ce trop fameux « moi aussi j’y avais pensé ! » ou « Tiens tu as eu la même idée que moi ! » Oui mais pourquoi le dis-tu ? Cela t’apporte quoi de l’étaler sur la planète digitale ? Si tu avais eu la même idée que la personne pourquoi as-tu attendu tout ce temps ? Au lieu d’être content pour la personne qui partage une pensée que l’on trouve géniale certains se sentent comme une obligation d’avoir leur part de succès et de notoriété, « comme ça » juste comme ça, sans raison apparente !
Entre les années 60 et 70 j’aimais m’habiller à partir des surplus des équipements et uniformes de l’armée, que ce soit la marine pour les cabans, les jeans, ou les chemises de l’armée de l’air. Ma sainte mère avait finalement accepté que je fasse entrer ces « horreurs » comme elle les appelait, à condition de les laver deux ou trois fois avec des antiseptiques et autre détergents. Elle vouait aussi son désarroi à tous les saints du calendrier pour que leur inspiration me fasse changer d’habitudes. Ma douce maman que je t’aime et combien tu as du supporter mes extravagances, mais avoue que ces tenues m’allaient bien, en tout cas mes copines de l’époque n’y voyaient aucun inconvénient, elles me trouvaient même assez cool.
Un de mes amis d’enfance et voisin Georges, ne pouvait imaginer me voir habillé ou faire des choses différentes et cool, sans que lui ne les fasse aussi. Bien entendu en lui vivait ce désir de ce petit plus qui le rendrait meilleur, plus beau et bien entendu supérieur à mes affaires.
Ah mon cher Georges que de crisettes de jalousie auras-tu vécu un peu à cause de moi. Un matin il se pointe chez moi, tout sourire, la tête haute, il se déplaçait tel un mannequin de mode, je pense que mes parents étaient « immunisés » par mes frasques vestimentaires, n’ont pas réagi de suite. Georges, prenant une grosse respiration annonce tout de go que le jeans qu’il portait avait appartenu à un général de l’armée américaine sur un porte-avion je ne sais lequel. Puis me regardant me dit : tu n’es pas le seul à t’habiller autrement ! Moi aussi je suis capable de le faire ! C’est bien dommage, j’aurais aimé vous écrire le fou-rire qui nous a pris à tous cet instant-là !
Sommes-nous depuis toujours d’éternels insatisfaits, plutôt en manque de ce superlatif frénétique ? Être en avance sur les autres, ce besoin primaire d’avoir toujours cet objet comme l’autre, mais inévitablement « meilleur » ?
Notre naturel qui aurait pu être un certain altruisme que nous entretiendrions envers ceux qui triment toute une vie pour un semblant de confort semble avoir été chassé pour ne plus revenir, l’autre naturel, par contre, semble s’être ancré par ces incessants retours chaque fois que nous essayons de nous en départir …
Vous ne trouvez pas qu’il y a quelque part un petit quelque chose qui ne fonctionne plus ?
Bon début d’année !
Michel J.B. – © 2016
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Auteur : Michel J. Boustani

Auteur 25 ans d'expérience dans le domaine de la communication et de l'enseignement. Conception pédagogique - Gestion stratégique du savoir - Facilitateur d'atelier en pensée design et grand amateur de mises en récit et blogues. _____ Author - Web author 25 Years in the field of Communication. Specialist in Instructional Design - Strategic Design Thinking and Knowledge Management Implementation. Actively involved in Storytelling and Social Networks

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