Et si c’était ?

00 Si cetait


Tant que les lions n’auront pas leur propre histoire,
l’histoire de la chasse glorifiera toujours le chasseur,

Chinua Achebe, auteur Nigérian


 

 Si oser la différence est un acte de courage dans ce monde d’aujourd’hui, qu’en est-il de vivre sa propre différence ?

Le 9 janvier dernier je soulevais cette réalité « d’oser la différence »[i] (voir lien en fin d’article), je partageais avec vous ces réalités de notre existence en ce troisième millénaire où il est question de musiciens, de chef d’orchestre et de spectateurs, tout étant si bien rythmé selon des conventions établies, alors que le moindre couac dans la salle ferait arrondir les yeux et tourner les visages vers qui aurait osé émettre une note « autre ».

Ils ne sont pas rares ces « différents » du reste de la majorité, disons simplement qu’ils se font plus discrets, moins visibles et surement passent une existence silencieuse afin d’éviter les vicissitudes inévitables de leur manière d’être de la part de leur milieu social.

Et si cela vous arriverait un jour de saisir certaines choses qui vous auraient presque toujours fait poser ces questions quant au comportement des gens de votre entourage « Tu es drôle des fois !  Tu as un sens de l’humour particulier ! Tu dis ce que tu penses ! etc. » Oui et puis ? Où se situe le problème si je suis tout cela ? Comme si être soi-même était perçu comme une chose à corriger.

Je ressens toujours une certaine sympathie envers les personnes qui au fil d’une conversation disent « Je sais ce que tu ressens ! » ou « je comprends ta peine ! »

Je crois que ces gestes d’empathie sont un merveilleux témoignage d’une bienveillance humaine chaleureuse tellement appréciée de ces personnes qui nous témoignent non seulement de l’empathie mais une proximité amicale des plus précieuses.

Cependant une personne, un homme par exemple, pourra que rarement voire jamais ressentir ce qu’une femme vit face à une situation d’adversité dans un milieu traditionnel où la femme avait si peu droit à émettre une opinion, une personne de race blanche envers une de couleur, de religions différentes, tous ces signes extérieurs qui nous montrent différents ,s’accompagnent de ces non-dits implicites qui s’extériorisent par de la surprise et cet étonnement maladroit qui souligne la différence de l’autre comme un manque envers la collectivité.

On jalouse les riches, on plaint les pauvres, on se moque des intellectuels on est condescendant envers les gens honnêtes qui passent pour des « naïfs » la plupart du temps.

J’éprouve  moi-même une réaction d’autodéfense instinctive, lorsqu’en parlant de mon état de santé (je suis diabétique) avec une personne dans le domaine médical : la pharmacienne, la nutritionniste, etc.

Les fameux conseils « importants » sont parfois dits avec une certaine condescendance sur les bords infantilisante. Je me fais donner des consignes comme si j’étais un gamin qui comprendrait juste à peine ce qu’on lui dit. Que de fois je me fais pointer avec le doigt sur la posologie, ou me faire répéter la posologie d’un médicament.   SI je pose une question sortant du « combien de fois par jour avant ou après un repas » je note une sorte d’impatience à peine déguisée du genre « faites ce que l’on vous dit ».

J’essayais au tout début de laisser faire évitant de souligner ces détails fort déplaisants, mais un jour, n’en pouvant plus j’ai réagi. Une réaction polie, calme mais claire. La pharmacienne échangeait avec une collègue à mon propos dans une langue que je comprenais fort bien mais qui n’était ni le français ni l’anglais. Ce fut le déclic pour leur dire à toutes les deux que je comprenais fort bien ce qu’elles se disaient sur moi et que je n’appréciais pas qu’elles mettent en doute mon souci de clarté et d’informations supplémentaires.  Lorsque je leu disait que je n’étais ni sourd, ni aphone ni sénile, l’on sentait un vent glacial souffler , un silence presque parfait. Je prenais mes médicaments et quittais !Depuis les choses ont bien changé, mais que d’efforts avant d’y arriver.

Aux yeux de certains cela paraitrait « chien » de ma part, je sais bien; mais il fallait que nous puissions avoir un terrain de respect mutuel et que dans sa très grande bienveillance lui rappeler peut-être que l’image du patient pour elle pourrait changer aussi.

Il semble que le monde aujourd’hui est fortement influencé par l’image que l’on projette dans les informations sociales, mondaines et collectives : quelques cheveux blancs, quelques rides et hop on devient vieux avec tout cela que cela comporte. Tout comme les jeunes que l’on prend pour la plupart pour délinquants alors que c’est tout le contraire.

Je lisais récemment plusieurs articles sur les personnes que l’on considère douées. On parle de douance, parfois ce terme est interprété comme une sorte de « tare » de « maladie » on amalgame aussi une personne dite surdouée présenterait certaines « difficultés d’apprentissage ou au mieux d’intégration dans le milieu scolaire ».

Si cela se comprend d’une part, il ne faut pas oublier que ces personnes ont aussi besoin d’être comprises. Dès mon plus jeune âge il était évident que j’étais gaucher, mes parents n’en faisaient pas une histoire, mais ceci vira au cauchemar lorsque j’allais pour la première fois à l’école. La religieuse, sœur Anna, se faisait une vocation de me faire écrire avec la main droite. Je vous fait grâce de toutes ces méthodes que je dus subir avant que mon père alerté par ceci ne vienne lui expliquer que si j’étais gaucher cela était correct.  Bon je sais que cette chère sœur Anna, n’a jamais abandonné l’idée de me « convertir » à la vie de droitier!  SI elle savait que j’étais ambidextre je pense qu’elle aurait sursauté…

Je pourrais comprendre que l’on ne puisse pas trouver la « bonne place » pour ces personnes, dans le grand moule de la grande humanité  Mais faut-il vraiment mettre tous les efforts pour mettre tous les humains dans ce même moule ?

Si j’ai appris à lire et écrire à l’âge où « ce n’est pas le moment » c’est parce que j’avais appris à utiliser une paire de ciseaux et un flacon de colle, c’est aussi parce que je demandais à mes parents de m’écrire mon nom et quelques mots utiles sur une feuille de papier que je découpais et composais de nouveau, bref j’avais trouvé une manière de faire qui m’aidait à alimenter une curiosité qui n’a cessé de grandir depuis. Apprendre et parler plusieurs langues presque simultanément ne m’a jamais fait paraitre pour un extra-terrestre.

Prendre pour acquis que tout le monde se lève le matin, prend le bus, prend un café sur la route et se plaint toute la semaine de travail pour en arriver au vendredi matin s’extasier devant les collègues avec un sourire large comme le soleil : c’est vendredi !  Oui mais tu en as 52 vendredis par année, tu vas me le dire ce « C’est vendredi » 52 fois ?

Mes années passées en enseignement m’auront appris tant sur les facultés humaines et intellectuelles qui font qui nous sommes. J’entends souvent dire par des personnes de la profession que l’enseignement en secondaire ou au collège (lycée) n’est pas de tout repos), et si je vous disais que celui aux adultes est une synthèse des autres niveaux d’études mais plus complexes encore.   Une classe de 8 ou 10 adultes, provenant de milieux de travail différents, c’est un peu ce microcosme de la société du quotidien aussi. Les cadres, les employées, les syndiqués, les contents, les pas contents, les curieux et ceux qui viennent passer une journée de tourisme mental (ceux qui se mettent à l’arrière de la salle et se cachent derrière le panneau de leur ordinateur portable)…

Ayant enseigné au collégial je vous assure que j’avais plus d’énergie au sortir d’une journée de classe que celle passée auprès des adultes. Que dire de ces enfants que l’on étiquette parce qu’ils ont un rythme d’apprentissage différent? Cet étiquetage systématique qui se fait par une personne qui a observé certains comportements » mais qui devrait surtout requérir l’expertise des spécialistes dans le domaine, de savoir qu’un diagnostic clair peut prendre des mois sinon des années, et ce, « Avant » que les parents ne soient informés!

Et puis, non, on ne peut plus user d’un modèle unique en pédagogie quoique disent les responsables dans le domaine. Si l’on applique de telles règles éducatives, il ne faudrait plus s’étonner et accuser tout le monde de ne point cesser de vanter le moule actuel devenu le passage obligé, nous n’aurions fait que promouvoir et diplômer des générations de décrocheurs.

Si oser la différence est un acte de courage de nos jours, pouvoir vivre sa différence sans contrainte est, du moins pour moi, un droit essentiel !

À la prochaine

Michel J.B. – © 2016


[i] Oser la différence (Article – blogue sur//micheljb.wordpress.com/2016/01/09/oser-la-difference/)

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Auteur : Michel J. Boustani

Auteur 25 ans d'expérience dans le domaine de la communication et de l'enseignement. Conception pédagogique - Gestion stratégique du savoir - Facilitateur d'atelier en pensée design et grand amateur de mises en récit et blogues. _____ Author - Web author 25 Years in the field of Communication. Specialist in Instructional Design - Strategic Design Thinking and Knowledge Management Implementation. Actively involved in Storytelling and Social Networks

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