Désolé, je ne savais pas !

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Voici venus le temps du mépris et
de l’indiff
érence, où la liberté
s’
épuise à caresser ses chaînes.
Edgar Morin
(Une politique de civilisation – 1997)


 

Nous exprimons notre sentiment de désolation souvent trop tard. Cela nous émeut de savoir que nous avons manqué un geste de compassion humaine envers quelqu’un, même si parfois trop tard.

Souffrons-nous de ce syndrome moderne, le : je n’ai pas le temps ? Nous filtrons tout ce qui fait partie de notre quotidien selon une formule bien prouvée mais aussi selon un rythme de priorités qui, le temps venant, ont engendré une nouvelle philosophie existentielle :

1)      le boulot,
2)      les préoccupations quotidiennes (factures, dettes, emplettes, réparations, obligations dont on ne peut se départir),
3)      l’idée d’un certain confort qui finalement existe pour nous permettre de mieux endosser les deux premières activités,
4)      puis viennent les enfants, le ou la conjointe, le repos (voir point trois), et peut-être,
5)      les vacances (voir points 1, 2, 3 et 4).

Nous sommes si bien rythmés que nous ressentons un profond débalancement lorsque survient une journée de congé officiel qui tombe un vendredi ou un lundi. La symphonie ennuyante de notre quotidien s’en trouvant perturbée nous avons l’impression de tourner en rond, au lieu d’en profiter, nous recherchons ces pressions parfois agressantes du cours de notre vie. Nous sommes trop habitués à vivre selon deux calendriers : le lundi-vendredi, et la fin de semaine. Le métro-boulot-dodo (avec en bonus les nerfs et les sourcils froncés; quant au week-end c’est toujours la course du samedi (emplettes, rangements, ménages avec  bien entendu les sourcils froncés) alors que le dimanche apporte son lot d’attentes et de promesses de détente bien méritée (enfants, activités, ou vie sociale). Chez certains l’on a hâte de reprendre le rythme toxique du lundi-vendredi, je m’en souviendrai toujours de cette collègue qui le lundi me disait « vivement le boulot » mais qui vendredi me ressassait « enfin la fin de semaine ».

C’est digne du personnage du film de Jacques Tati[i] : Les Vacances de Monsieur Hulot ou Trafic. Des scènes burlesque dépeinte par l’auteur et cinéaste qui en peu de mot aura décrit le quotidien des personnes, leurs habitues et réactions face aux incontournables contraintes du quotidien.

Dans notre monde aujourd’hui, il n’est nul besoin de mots : on arrive lundi matin avec une face de vendredi soir, on quitte le vendredi soir avec le fameux cri de guerre « Yéééé c’est vendredi ! » (Chut ne le dites pas trop fort cela sonne tellement ennuyeux et ennuyant, vous ne trouvez pas plate cette expression dite 52 vendredis par an ?) Au cours du week-end on constate  que finalement la semaine « Lundi-vendredi » est bien plus reposante que le reste !

Nos voisins, amis, proches nous les regardons avec l’humeur d’un lundi matin ou celle d’un dimanche soir, mais nous les ajoutons souvent sur la liste avec des « Oh ! Non ! Je n’ai pas le temps pour toi ! ».

Des fois cela ne prend qu’un bonjour « vrai » ou un merci sincère. Avez-vous mesuré ce que ce petit geste prend de votre temps ? Comparez-le avec le temps de votre « Je n’ai pas le temps pour toi » le constat est simple et se passe de commentaire.

Le temps venant vous notez que la personne qui vous mettait d’humeur « lundi matin » n’est plus là, vous ne la croisez plus, cela vous étonne un peu ! Élémentaire mon cher Watson, cette personne faisait partie de votre quotidien ou mieux du décors de ce quotidien et soudainement vous réalisez que quelque chose ou quelqu’un manque. Cela vous intrigue, vous souhaitez en avoir le cœur net vous demandez aux voisins qui vous informent que la personne a bel et bien déménagé du quartier. Petit choc ! Ah ! Désolé, je ne savais pas ! Ben oui que vous ne saviez pas, puisque vous ne vous êtes jamais arrêté pour retourner le bonjour.

Le tout est de savoir si nous sommes désolé pour la personne ou est-ce que nous le sommes pour avoir pris conscience du niveau de déconnexion humaine dans lequel nous nous trouvons ? Et puis, si c’était nous à qui cela arriverait ? Est-ce qu’il y aurait des personnes qui s’exclameraient en disant « Oh ! Désolé je connaissais cette personne ! »

Peu importe votre humeur de la semaine, ne soyez plus désolés d’ignorance mais satisfait d’avoir une pensée humaine pour la personne qui aura tellement besoin de cette présence qu’est la vôtre. Une simple seconde peut faire toute une différence.

Je conviens que l’exemple que je partagerai avec vous est discutable mais bon je n’ai vu dans ce dernier que ce geste dont quelqu’un avait vraiment besoin.

Sur le chemin du retour vers chez moi, m’est venue l’envie de fumer une cigarette, je remarquais que c’était la toute dernière du paquet, instinctivement j’eus cette pensée, égoïste, de me dire « et si quelqu’un venait m’en demander une, je ferai quoi ? » je vous assure qu’aussitôt pensé aussitôt arrivé. Un jeune monsieur, bien habillé, m’apostrophe et me dit « Bonjour Monsieur, pardonnez-moi de vous importuner, mais voilà je me rends pour une entrevue d’emploi, je suis hyper-stressé, j’ai besoin de fumer une cigarette, mais je peux vous offrir mon café en retour. L’on comprendra que ce n’était pas pour moi d’être soupçonneux qu’il voulait me taper une clope, mais plutôt la circonstance du moment.

La suite de cette histoire ? Mon café goûtait une saveur bien différente j’avouerai savoureuse, heu, sans ma cigarette. Cet évènement pas si banal que cela m’aura fait sourire tout le trajet du retour, de penser à la conversation avec ce jeune homme à propos des entrevues, de ses projets, juste les 4 minutes qu’il lui fallait pour fumer sa cigarette !

Désolé, je ne souhaitais pas vous déranger,  sincèrement !

Michel J.B. – © 2016


[i] Jacques Tati, né Jacques Tatischeff le 9 octobre 1907 au Pecq (Yvelines), près du square portant aujourd’hui son nom, et mort le 4 novembre 1982 à Paris, est un réalisateur, acteur et scénariste français.

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Auteur : Michel J. Boustani

Auteur 25 ans d'expérience dans le domaine de la communication et de l'enseignement. Conception pédagogique - Gestion stratégique du savoir - Facilitateur d'atelier en pensée design et grand amateur de mises en récit et blogues. _____ Author - Web author 25 Years in the field of Communication. Specialist in Instructional Design - Strategic Design Thinking and Knowledge Management Implementation. Actively involved in Storytelling and Social Networks

2 réflexions sur « Désolé, je ne savais pas ! »

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