Pour toi papa !

Papa_1972


Je me souviens t’avoir vu souvent avec des feuilles de papier, des crayons mines, alors que tu dessinais. Que de fois je te servais de modèle, ce n’était pas toujours ressemblant mais j’aimais pareil.

Que dire lorsque tu me laissais « comme un grand » bricoler en voulant t’imiter, que de pots de colles j’ai versé attirant les gros yeux de maman qui se préoccupait des meubles et nous envoyait « autre part » pour « jouer ».

J’attendais ta journée de congé pour que tu me construises un cerf-volant , tu avais ce don de créer des jeux avec presque pas de matériel. Nous allions ensuite sur la terrasse, non sans avoir essuyé les consignes de maman sur la prudence, mais qu’à cela ne tienne, il y avait que mon cerf-volant attendait de s’envoler.

Je m’émerveillais toujours de ces trucs que tu savais faire, que de fois tu m’apprenais même si voulant aller trop vite il te fallait réparer le gâchis, et pourtant j’ai appris.

Dans ces jeux j’ai appris à lire et écrire avant d’aller à l’école, à compter avec les billes, de calculer et bien d’autres choses. Je sais que des fois tu constatais des morceaux qui manquaient de ton magazine que tu n’avais pas encore lu, tu savais que j’étais passé par là.

Les journées de fortes chaleurs tu m’emmenais à la chocolaterie d’en face de la maison pour que demande moi-même mon « Cloclo » un immense cornet de biscuit croustillant rempli de crème glacée au chocolat enrobé d’une couche de chocolat noir, quel délice ! Je tenais à le payer moi-même, il est bien vrai que tu m’avais donné les deux sous que cela coûtait bien avant de rentrer, et moi tout fier je sortais de ma poche de quoi payer. J’étais un grand garçon.

J’ai dû te faire courir lorsque tu m’apprenais à rouler à vélo, très vite je ne voulais plus les roues supplémentaires, ceci voulant dire que tu te tiendrais derrière moi pour t’assurer que rien ne m’arrive.

Les années ont passé, mes années d’adolescence sont ce qu’elles sont, je me suis distancé de toi, le silence s’est installé, mais je t’aimais toujours plus que jamais mais je ne te le disais pas souvent, que d’occasions manquées pour le faire.

Nos retrouvailles furent inattendues, comme si était venu ce moment de nous parler entre « adultes ». Mon lieu de travail étant sur ton chemin, tu me proposais de me déposer pas loin du bureau, même que des fois lorsque tu avais fini tôt je te voyais m’attendant au stationnement. Que des moments j’ai eu le bonheur de passer durant ces trajets, tu sais je pense que c’étaient les seuls où tu ne pouvais que conduire et m’écouter (me répondre aussi), pas de travail, pas de dossiers, rien que nous deux.

Tu étais plus mon ami que mon père et cela me plaisait au plus haut point tu sais ? Je pensais que cela durerait pour la vie, aussi longue peut-elle être dans l’esprit d’un jeune adulte.

À mes 20 ans une première alerte me ramenait à la réalité, tu tombais malade, passais quelques jours à l’hôpital, une fois rentré chez toi à la maison je remarquais combien tu avais changé, tu semblais non seulement fatigué mais inquiet, quelque chose t’avait marqué. Oui je sais que les difficultés de la vie n’aident pas mais avouons que tu te crevais au boulot, tu cherchais ce même boulot avec toi à la maison, lorsque nous finissions de souper tu t’installais à la salle à manger et travaillais tard la nuit.

Lorsque maman et ton cousin t’ont emmené à l’hôpital une nuit de fin novembre, un serrement au cœur, j’avais le sentiment au fond de moi que je n’entendrais plus ta voix, mais je me suis tu, ne voulant pas conjurer le sort !

C’était l’année de mes 20 ans, j’aurais voulu te faire connaitre ma petite amie, te parler de mon boulot, de mes projets, mais ce n’étaient que les visites lourdes et éprouvantes à l’hôpital où tu gisais sur ton lit, inconscient (l’étais-tu ?) dans ce coma profond dont je ne comprenais pas la cause malgré les explications des médecins.

Le matin tôt maman est venue me réveiller m’annonçant ton départ, je n’eus aucun mot à part un balbutiement à peine audible, je ne savais plus où me mettre, pleurer ? Je n’ai pas pu le faire cher papa, je n’ai pas pu, car il fallait que je m’habitue à ton absence, ce vide qui se créait en moi, cet ami que je perdais. Ce n<est que bien des années plus tard que je le fis.

Tu sais les années ont passé, je me suis marié, nous avons eu de beaux enfants, trois princesses et le dernier mon gamin qui porte ton nom pour second prénom.

La guerre du Liban, le départ pour la Grèce, l’arrivée au Canada que de temps a passé mais que rien n’a changé dans mon cœur c’était ta présence plus que jamais dans mon cœur.

Tes petits-enfants je leur parle souvent de toi, tu sais que tu es aussi doublement grand-papa de 6 trésors adorables, 5 filles et un petit jeune homme. Frérot aussi a eu deux jolies demoiselles.

Mon cher papa, j’ai pu pleurer ton absence, avec tendresse et abandon tu sais j’ai toujours caché mes émotions donnant une image de celui que rien n’émeut, mais je suis de ces hommes qui n’ont ni peur ni honte de montrer leurs larmes lorsqu’elles se mettent à couler.

De la peine ? Oui j’en ai car je m’ennuie de toi tu sais ? Mais aussi ce sentiment de fierté au fond de moi, cette fierté d’avoir eu un papa comme toi; même si tu es parti trop vite, trop tôt !

À …

Ton fils Michel

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Auteur : Michel J. Boustani

Auteur 25 ans d'expérience dans le domaine de la communication et de l'enseignement. Conception pédagogique - Gestion stratégique du savoir - Facilitateur d'atelier en pensée design et grand amateur de mises en récit et blogues. _____ Author - Web author 25 Years in the field of Communication. Specialist in Instructional Design - Strategic Design Thinking and Knowledge Management Implementation. Actively involved in Storytelling and Social Networks

2 réflexions sur « Pour toi papa ! »

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