Et si c’était possible?

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Crédits d’image : Les marques et moi

Depuis que je porte des prothèses auditives je découvre des sons que j’avais oubliés depuis fort longtemps. Je me demande depuis si nous prenons pour acquis tout ce que les fonctions de notre corps, et de ce fait ne pensons plus à ces petites choses qui nous émerveillent une fois retrouvées, je parle pour moi bien entendu.

Depuis que j’ai mes « nouvelles oreilles » (Cela m’amuse de les appeler ainsi), je perçois ces bruits qui font partie de notre quotidien, du bruissement du vent dans les feuilles des arbres, du craquement de la croute glacée au petit matin d’hiver frisquet sous mes pas en allant prendre mon bus, aux frous frous du vol d’un oiseau en retard pour se cacher dans son nid avant les grands froids. Oui cela vous semblera un peu poétique de ma part, j’en conviens.

Il y a aussi les sons que l’on n’entend plus parce que nos oreilles sont saturées d’écouter dans les lieux publics, les plaintes, les humeurs des gens. Depuis que j’entends mieux, ces bruits font partie de mon quotidien et plongent mon esprit dans un concert cacophonique des plus désagréables. Ce matin, le bus qui nous menait à la station du métro était bondé, une jeune maman debout tenait la poussette de son enfant. Arrivés à l’arrêt, les gens se bousculent pour sortir, (ces coureurs du 100 mètres de leur vie pour rattraper une rame de métro qui en tous les cas ne les attendra pas). Cette maman essaie de sortir mais cela est peine perdue, je lui demande si elle descend, elle me répond « C’est ce que j’essaie de faire si quelqu’un veut bien me laisser passer! »… Je bloque la porte pour lui libérer le passage, c’est alors que j’entends derrière moi deux personnes qui murmurent des mots que je ne dirai pas ici, mais qui disent long sur combien la solidarité humaine et l’empathie sont des choses qu’il faut encore à apprendre…
Une autre personne tente de pousser la maman et sa poussette pour sortir, je ne vous cache pas que je suis excédé, je mets ma main sur le signal optique de la porte et propose à la jeune maman de sortir, les murmures reprennent (ah ces nouvelles oreilles!).

Finalement tout le monde sort, et fait amusant, les gens pressés, la jeune maman et moi, nous nous retrouvons tous sur le quai pour embarquer dans le même métro! Et oui!

 Mais au fait, c’est quoi le rapport entre mes aides auditives, la jeune maman et le métro? Mais rien du tout, juste une entrée en matière sur les choses de la vie, sur notre comportement humains et sociaux, sur nos perceptions des priorités (entraide dans un bus bondé), des obligations perçues et celles réelles (courir pour attraper un métro), de la solidarité sociale (laisser passer une personne avant soi, est-ce devenu un acte héroïque?), de simple empathie envers nos semblables…

Ce constat me pousse aussi de regarder du côté du monde de l’éducation. Et si cela était possible d’avoir des prothèses auditives sensibilisées aux besoins des apprenants. Ce serait tellement intéressant de pouvoir avoir ces outils qui humaniseraient tant ces approches importantes des concepts et approches en éducation aux adultes…

Je ne critique pas les théories, les méthodologies, les approches, elles sont toutes garantes du bon suivi de tout ce qui en bout de ligne fournirait un parcours efficace pour un apprenant de pouvoir s’engager et suivre son apprentissage selon les règles de l’art. Il nous arrive cependant certaines fois d’être tellement pris par la forme et ses exigences, que nous risquons d’oublier qu’au cœur de notre raisonnement c’est l’utilisateur / apprenant qui se trouve au centre de nos réflexions et des résultats de ces dernières.

Ce qui m’attriste des fois, c’est de constater combien nous nous emprisonnons dans le résultat de pensées des grands maitres de l’éducation aux adultes et en nous protégeons derrière leurs publications, articles et ouvrages, au lieu d’en tirer  l’essence même et de faire avancer la cause en améliorant la théorie, non pas la changer mais trouver un juste milieu entre cette école de pensée et les réalités de nos temps!

Il m’arrive encore de lire des propos du style « J’ai raison, tu as tort! » ou le fameux « gagnant-gagnant » (Win win), cela parfois dénote un sentiment à peine voilé d’une relation de compromis au lieu d’une de convergence que j’aime appeler « Pas perdant vs pas perdant » (Not loose / Not loose)

Dans mes démarches de vouloir changer les choses, à mon niveau l’on s’entend, je me fais dire souvent « J’espère que tu puisses réaliser ces choses » ou aussi « Je ne sais pas dans quelle mesure tu pourras faire changer les choses… » Toujours ce côté hypothétique selon la théorie du verre à moitié vide, alors que sans verser dans un optimisme surfait on pourrait essayer de converger vers un entendement meilleur qu’un consensus de compromis.

Michel – 4 décembre 2013

 

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