Les coups de cœur, vous connaissez ?


On aura remarqué que ceux-là contemplent
leur destin à la façon dont la plupart
des autres contemplent une journée de pluie.
Alessandro Baricco (Soie)


Je viens de terminer un livre « coup de cœur » : Soie d’Alessandro Baricco ! Vous l’avez ? Si oui, je vous souhaite d’aller le retrouver, le relire et prendre le temps de savourer chaque page, chaque phrase chaque mot, il y est en symphonie des sons, du murmure du vent et des saveurs de cette quiétude alors qu’un dernier décan d’une vie on se promène au bord d’un lac en laissant son regard revivre les folles randonnées des voyages sans fin qu’aura été notre vie !

Si vous ne l’avez jamais lu, alors empruntez-le de chez quelqu’un, allez à votre bibliothèque municipale ou simplement passer l’acheter chez votre libraire vous ne regretterez pas! Plaisirs suaves garantis.

Alors que je lisais avec passion les lignes et les mots soyeux, (bravo la traductrice vous avez épousé avec merveille l’émotion de l’auteur) je devançais les mots, les exprimais en italien (une langue que je parle couramment) S’il vous arrive de parler deux langues, est-ce que vous vous êtes jamais interrogé dans quelle langue vous pensez d’habitude ? Bonne question hein ! Alors si vous en parlez plus de deux je vous assure que cela n’est pas souvent une chose facile! On m’a dit un jour que le maximum de langues qu’un esprit pouvait maitriser se chiffrerait à cinq, ouf, mais alors ces personnes qui en parlent 7, 10 ou plus ?

Bon je m’éloigne des coups de cœur, je me suis souvent demandé quels étaient les critères sur lesquels un libraire se fondait pour signaler un livre comme « coup de cœur », pas si évident je crois. Surtout si c’est l’appréciation des personnes (le libraire et son équipe d’employés, les critiques ou tout simplement un client qui est passé, en a parlé et depuis le coup de cœur fait des émules), cette appréciation humaine pourrait être aussi subjective; il suffirait que le critique se soit levé du mauvais pied le jour d’évaluation de l’ouvrage et voici l’auteur descendu aux enfers !

S’il en tenait à moi de dire qu’un livre est un coup de cœur, je m’assurerais de mieux connaitre l’auteur, de passer à travers son livre juste pour faire connaissance, de le lire avec intérêt, cet intérêt de la curiosité, de la découverte, chercher son histoire, et rencontrer finalement cette vie racontée par personnes interposées.

Certaines personnes me font sourire lorsqu’elles comparent un auteur avec un autre, mais voyons donc! Comment comparer deux esprits via deux œuvres différentes ? Ou les fameuses idées reçues, les préconceptions… On ne se rend pas compte combien nous nous privons de ce plaisir qu’est la lecture.

Lire 300 pages me diriez-vous ? Oui, pourquoi pas ? N’allez pas me dire que l’on connait un livre dès le premier chapitre, Que faites-vous du délai de grâce des premières pages avant de se faire une petite idée ? Je pense que lire un nouveau bouquin c’est aussi une question de s’apprivoiser mutuellement, faire connaissance avec les mots, ce qu’ils représentent pour l’auteur, est-ce que la traduction rend justice aux mots originaux de l’auteur ? Une foule de questions que l’on pourrait se poser. Ces questions, qui pour moi, disent quel serait aussi notre niveau d’ouverture sur l’humain, sur l’empathie ou la reconnaissance de ses propres émotions.

C’est bien évident qu’après une trentaine de page si l’on ne sait pas encore où l’on se trouve il y a de fortes chances que la dernière page ne sera pas bien différente que les trente premières…

Mon histoire avec « Soie » de Baricco, est une histoire de petite paresse si propre à moi. Je me vante toujours d’être un boulimique de lecture, non seulement je lis deux livres de front, mais parfois trois et cette fois-ci j’ai poussé la gloutonnerie de vouloir en lire quatre ! Oui quatre ! Relaxe Michel, la lecture est un plaisir et non un pensum que tu t’infliges pour expier je ne sais quelle faute… Non j’ai voulu, comme dirait ma maman, avoir les yeux plus grands que le ventre et me suis mis à lire d’ici et de là les quatre dans une même semaine. « Soie » fut un péché de petite paresse car il se trouvait être le plus court (nombre de pages) me disant que cela serait un de moins sur ma liste, et pourtant je ne me rendais pas compte que ce « plus court que les autres » allait me séduire, me captiver au point que je me sentais « scotché » dans cette lecture, oubliant ma routine, mes habitudes, tournant page après page, en voulant à l’éditeur cette mise en page détendue, les grands espaces. Vous comprenez quand vous êtes en « plein dedans » et qu’il vous faut tourner encore une page. Ils auraient pu « pousser » la fin du paragraphe sur la même page, bref je ne vous cache pas la fébrilité de vouloir savoir, lire, vivre l’histoire, je ne me suis pas rendu compte que je me trouvais dans l’histoire, dans les voyages, j’imaginais les scènes des pays et continents traversés, je me suis pris à vivre à la place des personnages. J’avais oublié les autres livres, une scène de jalousie garantie m’attendait pour sûr lorsque je tournerai la dernière page de « Soie ».

Soie de Baricco fut un plaisir, subtil, émouvant, que j’ai souhaité des suites d’histoire qui satisferait mes envies, et puis l’attente du dénouement quelle torture, douce et pourtant éprouvante.,

C’est hier soir que je fermais mon roman, en moi cette saveur soyeuse, ces murmures si doux du froufrou des tissus aux couleurs chatoyantes, cette symphonie des sens allait me manquer terriblement.

Jamais je n’aurai tant aimé ces multiples voyages au Japon, ou « à l’autre bout du monde » comme le disait le héros de cette histoire.

Un coup de cœur me diriez-vous ? Oui cela en fut un mais aussi un vrai coup de foudre qui me ramènera encore une fois, un jour certain, à redécouvrir cette merveilleuse histoire d’amour !

Grazzie mille signore Baricco ! (*)

À la prochaine,

© Michel – 2015


(*) Merci beaucoup monsieur Baricco !


 

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