Liberté de pensée et devoir de parole.

00 Liberté de pensée


Personne ne peut transférer à autrui son droit naturel, c’est-à-dire sa faculté de raisonner librement et de juger librement de toutes choses ; et personne ne peut y être contraint. C’est pourquoi l’on considère qu’un État est violent quand il s’en prend aux âmes.”

Baruch Spinoza


 

Si l’accès à l’information est répandu au-delà de ce que l’on peut imaginer en ce début du troisième millénaire, pourrait-on dire que cela est pareil en ce qui a trait au savoir, la connaissance et bien entendu la liberté d’expression.

Dans la normalité des choses, je pourrais dire que plus l’accès au savoir est possible, plus les facultés de synthèse, de compréhension et de jugement seront favorisées; plus les personnes ne seront plus de simples individus mais des acteurs importants dans le devenir tant des collectivités que des nations entières.

Ceci étant, force est de constater que nous n’en sommes pas encore là. Oui il est normal que de tels changements prennent plus de temps qu’on ne le pense, par contre certains symptômes tangibles  auraient dû en annoncer les prémices.

Or il est un fait que l’on peut constater : jamais de l’histoire de notre humanité, les personnes ne furent autant nourries de forces, à la cuiller, pour ne pas dire gavées de force, de ces informations présentées comme des connaissances et du savoir. Cette approche a voulu d’une certaine manière dont je ne me porterai pas l’inquisiteur,  « faire un changement de fond en comble » comme si tout ce qui parle des valeurs du passé n’est plus bon pour les besoins de notre temps, les nouvelles technologies aidant, on nous invente de nouvelles cultures dites de « notre temps ». Il semblerait aussi que l’on a donné de nouveau aux humains leurs rôles d’antan : des chiffres et des données statistiques, des consommateurs et payeurs de taxes.

On remarquera que lorsqu’il est question de défendre une décision impopulaire l’on devient des pourcentages, et quand il est question de promouvoir une candidature l’on devient « chaque personne compte », tout dépend à quoi l’on veut se servir des gens. Si je voulais résumer le scénario qui se présente aujourd’hui, je l’établirai comme suit :

–          Être dans un pays riche et de ce fait contribuer à l’accroissement des richesses du dit pays en s’alourdissant d’un taux d’endettement suffisant pour les 35 années que durent une vie active, la promesse d’une certaine retraite-liberté au bout du tunnel faisant office de la carotte qui pend du bâton que chacun des suiveurs ressent au-dessus de sa tête

–          Être né et vivre dans un pays pauvre en développement mais assez riche en ressources pour se faire exploiter par les autres pays : les riches …

Si cela vous semble cynique, il nous faut admettre qu’à quelques nuances près c’est la triste réalité.

Entre ces deux mondes, existent encore certains pays dont les peuples n’ont pas encore opté : les plaisirs illusoires de la carotte, ou les cinglantes réalités du bâton !

Des nations qui se cherchent sans avoir un modèle autre que ceux qui existent, un modèle qui ait fait ses preuves, un modèle promut par ses propres « lumières ». Nous assistons tristement aux élucubrations de ces  penseurs qui, ayant relégués aux coulisses de l’oubli les personnes capables de réflexion, se portent en défenseurs des « principes égalitaires ou libertaires » importés des autres pays riches ou pauvres. L’étalage des pseudo-vérités, la promotion d’une dite culture plastic et le gavage forcé de populations entières font office de panacées miracles dans ce monde qui nous entoure.

L’individu se trouve confronté aux dures réalités de suivre, plier ou se faire dompter (riches ou pauvres) ou au pire, prendre le chemin pour en faire partie en fin de ligne …

L’expression d’une libre-pensée ou d’une opinion étant, selon les cas, contrée par les mesures coercitives mises en place.

La notion de démocratie est usée, peinte et repeinte selon les nuances, expliquée en fonction d’un but ultime rarement clair dès le début. L’on confond avec une certaine effronterie entre liberté et égalité, l’essentiel c’est que l’on dise oui à tout ce qui est servi dans le plateau du quotidien.

J’assiste depuis quelques temps, surtout lorsque surviennent des actes de guerre, de terrorisme et d’attentats, à l’émergence de ces discours qui ne pèsent plus lourd quant aux valeurs humanistes souhaitées. Le comble c’est que ces « évangélistes des temps modernes » s’autoproclament humanistes à leurs moments perdus ou mieux experts, car cela fait changement certain.

Les discours adoptés, sont ceux de la culture de la négation répétitive, de la culture citoyenne devenue orpheline, la gestion par la peur, cette nouvelle formule de populisme tout en ressassant les principes de la protection et de la sécurité de la majorité. Le tout pour « défendre les libertés et la sécurité des citoyens ».

L’identitarisme ethnique et religieux ont le vent dans les voiles, un fait divers devient un message qui se veut rassembleur par sa sélectivité d’exclusion de l’autre, cet autre qui ne correspond pas – circonstances obligent – au modèle (pattern) défini par ces mêmes apôtres de la peur!

On dit souvent que nous les personnes n’apprenons pas de l’histoire, permettez-moi de ne pas être de cet avis. Si l’on récupère des leçons du passé c’est bien ce qui convient le mieux aux desseins voulus.

Si les rares philosophes de notre temps (si, je vous assure qu’il y en a encore) osent émettre tout haut leur réflexions, malheur si celles-ci ne plaisent pas aux prêcheurs de la négation pure, ces penseurs s’exposent à la diatribe haineuse de ces évangélistes de la nouvelle « liberté » de pensée qui n’a de place pour toute autre raison.

Il fut un temps pas si lointain où l’on usait d’une éthique reconnue par beaucoup, le respect de l’autre, mais aussi son droit de parole et de réplique. Or de nos jours si l’on ose exprimer quelque chose qui ne cadre plus avec le cours attendu des choses, l’on tombe rapidement en disgrâce sociale, voire même citoyenne.  Les personnes perdent leurs acquis les plus élémentaires : leur droit de penser leur droit de parole. Une sorte de questionnaire où la question est pratiquement garante de la réponse.

Si l’on a combattu le dogmatisme parfois aveugle des préceptes temporels et ceux des différentes religions, l’on y est revenu à pas de galop au nom de la logique scientifique : elle au moins apporte chiffres, faits et calculs prouvant finalement que 1+1 n’égale pas nécessairement à 2 mais à quelque chose de similaire.

Cela me fait sourire lorsque certains leaders publient sur leurs sites leurs discours, programmes et visions, ils terminent souvent par cette phrase laconique » « Exprimez-vous, votre opinion compte ! »

Vous penseriez que j’exagère en matière d’incrédulité, et bien faites l’essai et donner la leur votre opinion. Pour ce qui est du suivi, il vous faudra probablement attendre. Mais ceci est toute une autre histoire !

 

Michel J.B. – © 2016

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