Facebook, ou le vedettariat à bon prix !

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«Il n’est rien au monde d’aussi puissant qu’une idée dont l’heure est venue»
– Victor Hugo


 

Si vous avez un compte sur le réseau social si populaire, et pour autant que vous ayez des amitiés à travers la planète, vous serez un des privilégiés d’être aux premières loges d’un spectacle haut en couleurs, mais aussi d’accéder à une certaine forme de vedettariat qui ne vous coûtera pas nécessairement trop de sous ou d’efforts !

Nul besoin d’être une vedette connue pour avoir une audience, vous la devenez aussitôt que vous partagez votre photo prise sous différents angles, de face, de profil, trois-quarts et plus. Sourire, moue coquine, un tantinet aguichante, vous vous garantissez une audience (heu un audimat) masculine fort attentive qui cherche et trouve les superlatifs linguistiques les plus galants, voire inventent des mots pour cet effet wow tant souhaité! Bien plus tard, vous sortirez de votre réserve d’images une nouvelle série question de raviver la flamme virtuelle de vos fans attentionnés.

Si le look est secondaire, alors il y a, laissez-moi deviner : l’animal de compagnie, le dernier resto avec les amis, l’auto, les enfants, oh oui, les enfants, leurs prouesses à ces chers trésors qui nous font nous pâmer d’extase et les petits mots que l’on chouchoute bichonne et alloue à ces amours, nos amours!

N’oublions pas les cohortes de personnes qui veulent notre bien et nous octroient une maxime, un conseil, un exemple à suivre, tous les styles sont permis, toutes les couleurs, les saveurs. Selon nos groupes d’amis les « J’aime » pourront varier d’une simple dizaine à plusieurs centaines, sans compter les partages de partages qui se repartagent encore et encore (on parle d’effet viral d’une photo ou d’une nouvelle). Fait amusant qui remonte en 2012, j’avais dans le cadre d’un commentaire mis une photo qui fit son chemin pour revenir en force chaque année suivante avec un commentaire autre et bien différent. Quelle source d’amusement cela m’aura procuré. Ne parlons pas des mises en contextes, l’essentiel étant de mettre quelque chose qui maintienne en existence virtuelle (on parle alors de visibilité) au grand (ou petit) public.

Le réseau a aussi ouvert plusieurs fenêtres et opportunités aux professionnels, au entreprises, qui se créant des groupes privés peuvent échanger pratiques, discussions et occasions d’affaires. Certains professionnels se découvrent une âme salvatrice de l’humanité et nous proposent (des fois nous disent) des conseils et des pratiques en santé, alimentation, et autres trucs, piqués sur des sites (sources) dits « de confiance » et nous desservent la liste des choses à faire, plus souvent à ne pas faire pour vivre mieux et être heureux ! Serait-ce une nouvelle formule d’un certain échange dit libre ?

L’on critique les réseaux sociaux comme ne représentant pas la vie réelle, et pourtant ! Si vous passiez une ou deux journées vous vous rendriez à l’évidence que ces lieux ont remplacé les places publiques (les squares, les parcs) où l’on venait durant les pauses de midi, debout sur une caisse de bois (Soap box) pour promouvoir idées, avis ou simplement opinions devant tout le monde. Nous n’avons pas tellement changé du colportage de ces itinérants, du « Oyez Oyez bonnes gens ! » sauf qu’ici nous ne craignons ni grands froids, pluies ou fortes chaleurs, le climat est égal à lui-même.

Nous sommes – si je peux me permettre de le dire sans aucune méchanceté – des gens prévisibles des fois, trop souvent prévisibles. C’est cela que je trouve qui est merveilleux et unique au genre humain! Juste d’imaginer comment il nous est facile de nous faire des « amis » cela prend moins de temps que de se donner la peine de saluer son propre voisin de palier.

Nous socialisons, c’est en quelques sortes notre nature, vivre en communauté tout en respectant notre individualité, et pourtant! Pourtant nous ne sommes pas capables de faire cesser les injustices humaines, nous n’arrivons pas à témoigner respect et acceptation des différences entre les humains, il nous est tellement difficile de saluer quelqu’un avec un vrai sourire alors que sur notre réseau favori nous frisons les mamours intimes inondés de ces petits symboles (fort sympathiques je le reconnais) de milles formes de sourires avec ou sans les joues rouges, de petits cœurs ou un immense « Je t’aime », bref notre écran nous sert telle la haie ou la clôture autour de notre maison et de notre gazon… En bout de ligne, un simple clic de bouton et nous nous évaporons du virtuel.

Lorsque les antagonistes du réel se retrouvent dans le virtuel cela tient de l’irréel : ils se parlent ! Vous rendez-vous compte ? Ils se parlent entre eux ! Oui d’accord les couteaux volent bas mais au moins ils se parlent!

Je trouve que pas grand-chose n’a changé depuis les observations faites dans le monde et la nature de Rousseau et ses contemporains. Je serai sincèrement curieux (et amusé) de savoir si la sociologie moderne ne se serait pas penchée sur ce phénomène en ce 21ème siècle, il y aurait tant de choses que nous pourrions apprendre sur ces solutions aux problèmes auxquels fait face l’humanité.

Si mon billet se veut un peu taquin ce n’est point pour critiquer le bon côté de ce réseau social, J’avoue avoir pu me faire des amis, des vrais, d’avoir pur retrouver des personnes dont j’avais perdu la trace, rencontrer des personnes dans la vraie vie et entretenu jusqu’à cet instant des échanges de très grande valeur humaine. J’avoue que ces rencontres auraient pris plusieurs années pour se réaliser dans la vie du monde réel, en moins de 10 ans j’eus le privilège de connaitre plus de 2000 personnes dont plusieurs sont devenues de vraies amitiés personnelles dans la vraie vie.

On parle de ce réseau comme représentant quelques 1.4 milliard de personnes abonnées qui seraient actives (chiffres non vérifiés, mais probablement proches de la réalité), nous ne sommes pas loin du nombre d’êtres humains qui vivent sur un continent entier !

Je ne sais pas si vous le voyez, mais nous avons une occasion unique pour faire changer certaines situations qui, encore aujourd’hui, dénaturent le fondement de nos propres valeurs humaines. La solution ? Et bien …!

Nous avons tous eu et aurons probablement nos 5 minutes de gloire sur cet espace, que ce soit par une photo, un avis ou un commentaire, le vedettariat à bon prix ? Certes, il l’est, de surcroit inoffensif et bon pour le bien des personnes !

À la prochaine,

Michel – 28 octobre, 2015


(L’image provient d’un blogue personnel)