Une Pédagogie 2.0? Ah bon!

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Il est souvent question de pédagogie de nos jours, surtout sur les forums. Il est aussi souvent question d’interprétation de l’esprit même du principe de la pédagogie, de son sens, de sa définition. Tout le monde se dit pédagogue, spécialiste en pédagogie, expert en applications pédagogiques, etc.

Il est souvent question de « pédagogie » associée à toutes sortes de sauces, de saveurs, de parfums, voire même de nom (d’où le titre de mon billet) En plus de la sauce, on la sert avec un  accompagnement de mots qui pourraient nuancer la signification et l’essence même de ce que veut dire la pédagogie. Mais savons-nous de quoi on parle finalement ?

Je constate avec regret que nous existons dans une époque où l’on parle plus d’innovation que de profondeur, plus de sémantique que de compréhension des besoins essentiels de l’éducation. Si le terme « Pédagogie 2.0 » fait très tendance, alors on l’utilise à outrance, s’il fait encore plus tendance d’en inventer un nouveau terme on s’empresse de le diffuser et de s’en affubler sous une signature virtuelle, souvent la forme prenant le dessus sur le contenu.

Ma leçon apprise de tous ces palabres et ces joutes verbales, c’est admettre avec simplicité et humilité que nous avons tant à apprendre autour de nous… Apprendre d’un petit fait vécu, une observation, une leçon apprise, une découverte, je dirai tout, mais tout simplement.

Il serait souhaitable de cesser ce « gigotage » cérébral qui me semble souvent manquant d’efficacité et de simplicité. Trouver le moment de s’assoir, pour commencer, de mettre sur papier une liste de choses qu’il nous faudrait savoir, connaitre et apprendre. Penser « autrement » et non plus « appliquant des recettes », se rappeler que nous sommes dans ce domaine privilégié au service de… la personne, l’apprenant, l’étudiant, l’utilisateur, des humains pour qui s’articulent toutes ces activités pédagogiques.

Dans un billet précédent je parlais de « Design Thinking », j’y reviens, surtout que je me suis dit qu’au lieu de vous en parler je devais le vivre et le mettre en pratique avant toute autre chose. Comme dirait mon mentor, « prêcher par l’exemple », il a eu bien raison de me suggérer ceci.

Cette occasion me fut offerte dans mon quotidien, une succession d’expériences vécues au cours de rencontres de travail. Dans mon rôle, il m’est requis d’accompagner les rédacteurs de contenus de formation pour les aider à modeler leurs cours et les formations qu’ils doivent créer.

Ces mandats sont des occasions de mieux faire connaissance avec des collègues de bureau d’une part, mais aussi de mieux connaitre leur personnalité, leur mode de réflexion et surtout de briser une conception erronée que nous puissions avoir envers un tel ou autre corps de métier. En définitive faire un transfert de connaissances de manière spontanée et naturelle. Ne jamais forcer, ne jamais imposer, juste en parler, mais surtout en discuter de sorte que la ou les déductions sortent de la part de la personne en face de moi, en s’appropriant une idée ou un concept, elle se sent valorisée d’avoir fait un cheminement dans une découverte de ce qui lui parait clair et faisable. Le bénéfice est, on peut dire, tangible et acquis.

Mes interlocuteurs sont en majorité de jeunes personnes ayant terminé soit leur bac en ingénierie ou une maitrise dans ce domaine. Mes préjugés (erronés je l’admets et l’avoue surtout maintenant) me faisaient les voir comme des personnes linéaires, structurées, procédurales, etc. A juste comme â tort, il est important dans les choses de la vie que nous sachions mettre à profit nos habiletés à la concision, à l’organisation structurée, etc. faute de quoi nous aurions des réalisations qui ne nous inspireraient pas confiance. Cependant de se mouler uniquement dans cette approche nous amène à voir les personnes qui ne sont pas du même domaine comme données, statistiques démographiques, etc. D’où l’écart qui nous sépare dans ces deux sous-mondes, cet écart que l’empathie pourrait réduire.

Depuis deux semaines et plus j’ai eu le privilège de rencontrer séparément plusieurs collègues, ingénieurs. J’avoue m’être senti un peu stressé avant chaque rencontre, ne sachant pas comment cela irait, commencerait ou continuerait…

Ce fut une et cela continue une expérience des plus valorisantes pour moi. Discussion, échange, rien qui ne soit menaçant bien au contraire. Nous avons trouvé un langage commun, un lexique sans prétentions ou grandiloquences (ha! ha!) linguistiques. Juste un message simple. Sans leur dire, je me suis amusé de mettre en pratique une approche du style « Design Thinking » et cela a fonctionné! Fonctionné parce que j’ai opté de les aider à dire d’eux-mêmes quelle serait la solution pour la stratégie pédagogique d’un cours. Oui j’aurais pu leur dire, « Faites-ci, cela etc. » mais qu’auraient-ils retenus? Au fond ils auraient compris que je savais assez pour qu’ils hésitent de comprendre, et de ce fait ne rien apprendre d’eux-mêmes! Nous avons donc construit des approches issues de réflexions communes, valider ce qui nous semblait utile et efficace, bien sûr je savais que je gardais la responsabilité de réagir pour ne pas perdre le cap, mais miser sur un effort commun et collaboratif a réussi, avec une, deux, … six personnes jusqu’ici.

Nous avons joué des rôles, nous avons parlé de mises en récit (Storytelling), du comportement des adultes dans tout apprentissage. Leurs réactions se sont traduites par des commentaires de leur vécu universitaire, des silences ou des sourires qui venaient appuyer ce que l’apprentissage d’aujourd’hui est devenu malheureusement une question d’.lite dans un club fermé et réservé aux initiés,  je les écoutait me dire ce qu’ils avaient envie de faire dans le cadre de leur cours et mandat, j’étais ravis de les entendre e promener dans cette excursion emplie de curiosité humaine, de cette empathie envers les apprenants…

Il sera grand temps que chaque corps de métier, ait ses propres concepteurs pédagogiques, vous ne trouvez pas? Moi, oui! Cela pour moi est la normalité de la chose, la connaissance se dispensant aux autres qui à leur tour feraient pareil…! et si on extrapolait ce regard aux autres domaines des choses de notre vie?

Actuellement nous sommes à l’étape de « mettre en pratique » ces notions, ils savent que je suis disponible pour répondre à leurs questions, mais au de-là de tout cela, j’ai découvert des collègues sous un œil nouveau, des collègues avec qui j’ai du plaisir d’échanger nos richesses professionnelles respectives.

Mon regard sur cet évènement me pousse à dire que nous soyons 2.0 ou 3.0 et j’en passe, l’essentiel c’est d’aller chercher la personne, de la valoriser, de la respecter et d’en faire une partenaire de qualité dans la solution qu’elle peut apporter à son tour à son audience! C’est à mes collègues rencontrés ces dernières semaines que je dédie ce billet et les remercie de m’avoir appris tant sur leur vie professionnelle.

Alors, d’accord avec moi que la pédagogie est une affaire de tous mais aussi pour tous?

Michel – 27 novembre 2013

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