Faire de la photo !

Le dignité si naturelle de la nature !


Le travail du photographe consiste, en partie, à voir les choses plus intensément que la plupart des gens. Il doit avoir et garder en lui la réceptivité de l’enfant qui regarde le monde pour la première fois, ou celle du voyageur qui découvre une contrée exotique… ils ont en eux une aptitude à l’émerveillement
(Bill Brandt[i])


J’avais à peine 7 ans lorsque je reçus mon premier appareil photo. J’aimais accompagner mon père dans ses moments « photos » mais comme vous l’auriez deviné, il n’était pas du tout question que j’utilise son appareil… Normal, un gamin de 7 ans, manipuler un appareil pour ceux qui savent. Bon finalement je pense qu’il fut tellement tanné de me payer de la pellicule gâchée, qu’il m’emmena un jour au magasin du photographe de notre quartier pour qu’il m’apprenne quelques rudiments en matière de photos.

Je ne vous cache pas que l’expérience, s’il y en eut, se termina aussitôt commencée : obturateur, champ de visée, vitesse, exposition, contre-jour et j’en passe. Je ne savais plus si c’était un roman de l’absurde ou écrit dans un langage que je ne connaissais point.

L’appareil fut mis de côté, je pense que le but était de me donner le goût de l’aventure de l’image, mais les adultes étant trop sérieux font que ce qui est fun semble trop sérieux!

Quelques temps plus tard, je croisais par pur hasard celui qui allait me donner cette passion de la photo. Je ne savais pas que c’était un photographe, simplement qu’il tenait un commerce où tout gars de mon âge aimerait passer ses journées de vacances (et d’école aussi). Un magasin de bandes dessinées, de gadgets (modèles réduits, trains électriques, soldats de plomb, etc.)

Maurice, de son nom, m’a vu un jour avec mon appareil photo que je prenais chez le photographe et me demandait si j’aimais faire des photos. À ma réponse qui lui expliquait que je prenais toujours des portraits coupés de moitié, des prises de vue si minuscule qu’on ne savait pas ce que je photographiais, il me fit un gentil sourire et me proposait de me montrer comment. Alors moi excédé par les mots d’adultes je luis disais « si c’est pour parler d’obturateur, de vitesse et de lentilles, non merci car je ne comprends rien! »

Avec la permission de mon père il m’emmena pas loin de chez nous, en fait dans la cour de l’école de quartier un jeudi après-midi (nous avions congé ce jour-là, à cette époque) et m’a montré comment prendre des photos de plantes, d’arbres, de copains d’école qui jouaient. Chose étonnante il ne m’a jamais rien dit à propos de ces détails techniques qui empoisonnaient mon existence.

La semaine d’après, il me proposait de développer le film dans l’arrière-boutique (finalement je compris qu’il faisait de la photo lui aussi) quelle aventure ! Une aventure qui continue jusqu’aujourd’hui, quelques 55 années plus tard.

Je ne cacherai pas que ce hobby s’est cite transformé en passion, une passion qui prenait tout mon temps, même d’aller jouer dehors avec mes amis, sortir avec les copains… Je me procurais rapidement des livres, suivais un cours par correspondance en techniques de la photo, bref je me mettais à la page, mais j’avoue que si ces apprentissages furent utiles et importants, rien ne valait ce que Maurice me disait toujours : « Pour que ta photo soit belle, il faut tu la fasses belle pour toi et que tu la prennes au moment où tu sens qu’elle sera vraiment belle! » Je pense qu’il m’a légué sa richesse, celle d’être une personne non seulement de passion mais de cœur, d’émotions et de ressentis face à cet instant si court durant lequel nous figeons une émotion, une sensation.

Il me disait souvent, lui le professionnel reconnu pour ses photos primées (je le sus par la suite), qu’un simple appareil jetable pouvait créer la plus belle image qui soit, ce n’était qu’un outil, le vrai secret se passait dans l’esprit et les émotions ressenties. Combien il avait raison.

La venue du numérique bien que difficile d’accepter (pour moi) m’aura permis de faire plus de photos bien entendu à cause du coût réduit, mais d’être beaucoup plus mobile dans mes randonnées « photos ». L’acquisition de mon dernier joujou (mon cellulaire dit intelligent et la super caméra photo qui vient avec) me permet aujourd’hui d’être un simple passant parmi les autres dans le quotidien de ma ville Montréal. Que je sois dans une foule ou seul dans une rue, il y a toujours une occasion unique d’illustrer une émotion particulière.

Je ne chercherais pas la reconnaissance professionnelle, il y a des personnes qui ont plus de mérite (et d’équipement) que moi. Ma seule ambition restera toujours celle de faire passer une émotion, ces émotions que Maurice a su si bien me faire voir !

À la prochaine

Michel © 2015


[i] Bill Brandt (3 mai 1904 – 20 décembre 1983) était un photographe et photojournaliste anglais.